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Rencontres du 3e type… à la suisse

Que ceux qui ne sont «qu’une écume chimique flottant sur une planète de taille moyenne» lèvent la main… Keystone

A quoi ressemblera la vie extraterrestre et comment la trouverons-nous? Une exposition au Musée zoologique de l’Université de Zurich présente des années de recherche sur le sujet.

«Pas de petits hommes verts! L’astrophysique et la biologie cherchent la vie dans l’espace»: c’est le nom de l’exposition, à voir au Musée zoologique jusqu’au 11 mars 2012, qui montre les efforts des scientifiques pour pister les traces de vie intelligente – ou pas si intelligente – ailleurs que sur Terre.

«Je pense que nous aimerions tous savoir si nous sommes seuls et si nous sommes uniques. La curiosité humaine veut que nous nous posions des questions et que nous voulions des réponses», explique Jonathan Coles, de l’Institut de physique théorique de l’Université de Zurich, l’un des organisateurs de l’exposition (l’interview intégrale, en anglais, est disponible sur la page «SCI & TECH» du site anglais de swissinfo.ch).

La chasse commence non loin de chez nous, sur Terre, avec des images d’«extrêmophiles», créatures survivant dans des conditions extrêmes, telles que celles qui règnent dans les grands fonds marins, dans les rochers désertiques ou les banlieues de Londres.

Les sources thermales de Loèche-les-Bains en Valais, par exemple, sont les plus chaudes de Suisse: l’eau a 48 degrés et héberge 25 espèces de cyanobactéries. Les endolithes de leur côté vivent dans les rochers alpins. Très rares, ces communautés de bactéries, de champignons et d’organismes pluricellulaires sont très intéressantes pour les astrobiologistes, qui pensent que les environnements endolithiques de Mars ou d’autres planètes pourraient héberger des microbes.

«La vie tend à trouver son chemin dans ces conditions extrêmes, explique Jonathan Coles. Ce que nous, nous considérons comme extrême, en fait. Pour ces organismes, c’est nous qui vivons dans un environnement extrême. Ainsi l’oxygène, sans lequel nous ne pouvons pas vivre, est fatal à la plupart d’entre eux.»

Interactif

Organisée le long d’une spirale, l’exposition mène les visiteurs à travers l’univers et vers les planètes qui pourraient être des lieux de vie. L’idée est de rechercher des «zones habitables», des régions qui ne sont ni trop proches d’une étoile (et donc trop chaudes) ni trop éloignées (et donc trop froides), mais «juste à la bonne distance». C’est pourquoi on les nomme aussi «zones Boucles d’or», du nom de la petite fille du conte, qui choisit, parmi les affaires des trois ours, celles qui lui sont le mieux adaptées.

L’exposition est remplie d’éléments interactifs. L’un d’entre eux est la «fabrique à planètes», qui permet aux visiteurs de créer leur propre système solaire en utilisant des données astrophysiques enregistrées dans un superordinateur de l’Université de Zurich. Ils voient combien de planètes pourraient être des habitats potentiels.

«Il n’était pas évident de rassembler toutes les informations en une exposition distillant tout le savoir de façon pas trop exténuante, explique Jonathan Coles, et d’une manière, également, qui ne requière pas d’énormes connaissances de base. Nous ne voulons pas niveler par le bas, mais présenter les choses de façon claire.»

«Nous ne voulions donc pas non plus axer notre exposition sur la vie intelligente – E.T. et autres aliens – comme le pensent la plupart des gens quand on évoque la vie extraterrestre. Nous voulions faire le point sur la recherche: que font les scientifiques? Où trouvons-nous des planètes?» 

Météorite martienne

Le public cible est fait de «gens qui lisent les journaux», mais l’exposition propose des visites spécifiques pour les enfants de 8 à 12 ans environ. «Les enfants adorent cela, ils adorent apprendre des choses sur l’espace. En fait, l’exposition est faite pour tous les curieux.»

Mais beaucoup de gens ne savent pas grand-chose sur le système solaire. «Parfois, je suis un peu déçu que l’école n’inclue pas la cosmologie. Par exemple, beaucoup de personnes ne réalisent pas que le soleil est une étoile.»

Jonathan Coles montre ensuite le seul objet extraterrestre de l’exposition, un caillou légèrement décevant qui s’avère être une tranche de la météorite de Zagami, 18 kilos arrachés à Mars atterris sur un champ nigérian en 1962, à trois mètres d’un paysan pour le moins surpris que le choc arracha au sol.

La pierre ressemble cependant à n’importe quelle autre dans n’importe quel jardin. Comment Jonathan Coles savait-il qu’il n’avait pas devant lui un canular du type de l’homme de Piltdown (canular paléontologique du début du 20e siècle)? «A l’intérieur, il y a des cristaux de verre qui ont conservé des molécules de gaz. Ces dernières présentent la même composition que celle des molécules que l’on trouve sur Mars».

L’eau sur Mars

Aucune preuve de vie extraterrestre n’a jamais été trouvée, jusqu’ici. Mais les récentes découvertes d’eau salée sur Mars ont suscité des espoirs. Pour Jonathan Coles, étant donné la taille époustouflante de l’univers – «la Terre est si insignifiante, dans cette perspective!» les chances sont réelles que nous ne soyons pas seuls.

«Les scientifiques travaillent sur des probabilités, souligne-t-il. Il est improbable qu’il n’y ait pas quelque chose, quelque part, ce qui ne veut pas dire forcément que nous ayons affaire à une vie intelligente. Cela peut être de la vie sous forme bactérienne.»

Pour le cosmologue anglais Stephen Hawking, la race humaine n’est qu’«une écume chimique flottant sur une planète de taille moyenne, tournant autour d’une étoile très moyenne à la périphérie d’une l’une des centaines de milliards de galaxies…»

«C’est une vision très pessimiste, mais, dans un certain sens, c’est vrai!», s’exclame Jonathan Coles. Parfois, je me dis que même mes problèmes les plus grands ne sont pas vraiment importants par rapport à l’univers.»

Débat éthique

Mais outre le défi technique de la recherche sur l’intelligence extraterrestre, le débat éthique fait également rage parmi les scientifiques: devrions-nous vraiment essayer d’attirer l’attention d’êtres qui pourraient ne pas se révéler aussi gentils qu’E.T.? Stephen Hawking tire un parallèle entre cette quête et l’arrivée de Christophe Colomb aux Amériques, «qui n’a pas très bien tourné pour les populations locales.»

«Je suppose qu’il y a un risque, oui, admet Jonathan Coles. Mais je suis désireux de le prendre!»

«Pas de petits hommes verts! L’astrophysique et la biologie cherchent la vie dans l’espace» est à voir au Musée zoologique de Zurich jusqu’au 11 mars 2012. Elle se divise en plusieurs parties:

– La vie, c’est quoi?

– Y a-t-il une vie sur Mars?

– La formation d’une galaxie, d’une étoile, d’une planète

– A la recherche de planètes

– La recherche sur l’intelligence extraterrestre

– Film sur le concept humain d’extraterrestres à travers l’histoire.

En 1950, le physicien italien Enrico Fermi s’étonnait du fait que l’homme n’ait encore recueilli aucune preuve de l’existence de civilisations extraterrestres. De par sa taille et son âge en effet, notre galaxie devrait être remplie de civilisations technologiquement avancées. «S’ils sont partout, où sont-ils?» demanda-t-il. C’est ce qu’on a appelé le paradoxe de Fermi.

Selon Jonathan Coles, de l’Institut de physique théorique de l’Université de Zurich, la distance joue un rôle. «Les signaux que nous émettons depuis quarante ans ne sont pas allés très loin, en termes de distances, à travers la galaxie. Si une autre race existe de l’autre côté de la galaxie, ses individus ne nous entendrons pas avant des dizaines de milliers d’années.»

Traduit de l’anglais par Ariane Gigon

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