Architecture sensuelle
Le pavillon suisse à la Mostra de Venise, l'Hormonorium, ressemble à un laboratoire de la Nasa.
Dans une salle d’un blanc éblouissant, le visiteur découvre des conditions climatiques de haute montagne et respire de l’air raréfié.
A l’entrée du pavillon suisse: une longue file d’attente. On entre par groupes de trois ou quatre, après avoir enfilé des protège-chaussures en plastique bleu. Comme celles que portent les médecins avant d’entrer en salle d’opération.
C’est qu’il ne faut pas salir le sol du pavillon, qui doit rester immaculé! Mais celui qui a déjà mis les pieds dans un département de soins intensifs ressent alors une certaine anxiété.
Montagne invisible
D’ailleurs, en faisant patiemment la queue, je lis dans le prospectus que les organisateurs déclinent toute responsabilité en cas de malaise. Suit toute une liste de conseils et de contre-indications…
Le pavillon est notamment déconseillé aux personnes qui souffrent de maladies cardiovasculaires ou pulmonaires, à ceux qui ont subi une intervention chirurgicale et aux femmes enceintes.
Cela dit, les normes de sécurité sont particulièrement élevées. Les organisateurs me le diront plus tard seulement. Personne ne prend de grands risques en entrant dans le pavillon.
Un pavillon réalisé par les deux architectes Philippe Rahm et Jean-Gilles Décosterd, qui ont été choisis par l’Office fédéral de la culture pour représenter la Suisse à Venise.
A l’intérieur, 600 néons super-puissants baignent la salle dans une lumière d’un blanc intense. L’effet est similaire à ce qu’on ressent en quittant un téléphérique pour se retrouver dans la neige. La lumière reproduit le spectre solaire et stimule le système endocrinien et neurovégétatif. L’air est raréfié et riche en azote.
Dans l’Hormonorium, on bronze, on se détend, on peut ressentir une légère euphorie… Si on y reste plus de dix minutes, la concentration de globules rouges dans le sang augmente. On se sent plus heureux. Et le rendement physique s’améliore.
Et pourquoi pas au quotidien?
Lorsqu’on quitte le pavillon, reste cette question: quand pourrons-nous entrer dans un espace public comme l’Hormonorium? Ou se glisser dans un passage sous-voies, en pleine ville, pour respirer l’air pur de la montagne?
«Modifier le fonctionnement hormonal, c’est transformer la nature humaine. Et cela soulève dès lors des questions d’ordre éthique. Nous ne sommes pas certains que la société est prête à faire ce pas. Ni que c’est juste de le faire», répond Philippe Rahm.
Un espace public comme l’Hormonorium reste donc encore une utopie en dehors d’une exposition comme la Biennale de Venise. Ce serait plus facile de commencer par un espace privé.
En fait, les deux architectes travaillent précisément sur un projet de ce type actuellement. Une maison pour une artiste française, où le climat de Tahiti serait fidèlement reproduit.
Pas seulement par les plantes et les fleurs importées, mais aussi par le système de ventilation et l’éclairage. Un endroit, là encore, où on sent plus qu’on ne voit. Une architecture à respirer et à vivre par les sens. Comme l’Hormonorium.
swissinfo/Raffaella Rossello de retour de Venise
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