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Avec Marcel Tyber-Simonen, un Suisse de Laponie

Le déréglement climatique joue de mauvais tours aux ours blancs. Réveillés brusquement de leur sommeil hivernal, ils s'en prennent même aux chevaux dans leurs enclos. Keystone

Les signes du réchauffement climatique se font sentir jusqu'en Laponie. Originaire de Bâle, Marcel Tyber-Simonen le constate.

Témoignage de ce Suisse, établi dans la petite ville de Tornio dans le nord de la Finlande.

Tornio et sa ville jumelle Kemi, au fond du Golfe de Botnie, décrites dans les prospectus publicitaires comme les cités de la neige et de la glace, ont connu un hiver d’une exceptionnelle douceur.

La nature en est déboussolée. «A tel point, dit Marcel Tyber-Simonen, qu’il fallait s’équiper d’un gilet de sauvetage pour le traditionnel concours de pêche du mois de mars sur la rivière Tornio. A certains endroits, la couche de glace est si mince qu’elle peut craquer sous le poids du pêcheur.»

Température quasi printanière

Les 1200 participants doivent en effet creuser un trou dans la glace, y insérer un fil à hameçon et attendre que le poisson morde.

La neige a bien été au rendez-vous, mais elle est tombée souvent en quantités parcimonieuses. Certains jours, les rues passantes n’étaient recouvertes que d’une insignifiante pellicule de neige et de glace, comme le signe annonciateur d’un dégel précoce.

C’est ainsi que le thermomètre a oscillé en janvier entre – 4° et + 4° C. «Une température quasi printanière, sous ces latitudes septentrionales», précise Marcel Tyber-Simonen.

Désir d’intégration

Depuis qu’il s’est installé il y a sept ans en Laponie, le Bâlois Marcel Tyber a fait ajouter à son nom de famille celui de sa femme finlandaise, Simonen. Une manière, sans doute, de sceller son désir de s’intégrer à sa patrie d’adoption.

Ce réchauffement climatique s’est répercuté en premier sur la faune et la flore. Dans le sud de la Finlande, des arbres ont commencé à bourgeonner en janvier.

Les lièvres, revêtus de leur fourrure blanche d’hiver, devenaient des proies faciles. Faute de suffisamment de neige, ils ne pouvaient se fondre dans le paysage.

Des ours sortis d’hibernation

Quant aux ours, sortis brusquement de leur hibernation, déconcertés, tenaillés par la faim, ils s’attaquaient même aux chevaux dans leurs enclos.

Ce tohu-bohu climatique crée un sentiment d’anxiété dans la population. Marcel Tyber-Simonen, pourtant de caractère placide, en vient à dire du bout de lèvres: «C’est un phénomène inquiétant!»

Comment et pourquoi Marcel Tyber-Simonen s’est-il installé en Laponie? Par amour! Marcel est né le 30 décembre 1936 dans la ville de Bâle. Il a d’abord travaillé au magasin familial «Soie-Tyber», avant de prendre la direction d’un magasin de vêtements à Berne.

Une vraie tribu

Lui et sa future femme finlandaise ont travaillé pendant une vingtaine d’années à quelques mètres l’un de l’autre sans se connaître. Elle exerçait le métier de pédicure. Un métier qu’elle pratique encore à Tornio.

Mais le destin a bien fait les choses: ils se sont rencontrés au carnaval… puis se sont mariés en 1998. Marcel avait divorcé. Il a une fille de ce premier mariage, qui habite du côté de Zurich. Il espère qu’elle finira par le rejoindre – elle et sa petite famille – en Finlande.

«Je parle finnois, mais c’est difficile», avoue dit Marcel. Ma femme m’apprend le finnois et à aimer ce pays. Il se dit intégré en Finlande. Il a eu la chance d’être accueilli, adopté, par la grande famille des Simonen.

«C’est très différent si on est seul!», constate-t-il. Son beau-père – encore bon pied, bon œil – a eu neuf enfants. Les Simonen – une vraie tribu – avoisinent les cinquante…

Angoisse…climatique

Il lui arrive de parler allemand dans les magasins de Tornio ou même le français. Il aimerait pouvoir organiser un carnaval à Tornio, sur le modèle de celui de Bâle.

Malgré son âge, Marcel est plein d’enthousiasme. Il a surtout l’esprit entreprenant. Il fait partie de ces Suisses pour qui rien n’est impossible.

Un soupçon d’angoisse est cependant lové dans ce sentiment de quiétude: Depuis sept ans les études climatiques montrent toutes un réchauffement – l’effet de serre – dans la région de Tornio-Kemi. Le réchauffement a des retombées sur la vie quotidienne des habitants de la région.

Marcel Tyber-Simonen regarde le thermomètre ce jeudi 15mars: « +2 et un grand soleil… Alors que la température normale aurait dû être de –17».

Il ne peut s’empêcher d’en tirer les conclusions qui s’imposent: «Le climat, ici, est en train de changer du tout au tout!».

swissinfo, Simon Leger

La Laponie est une région boréale qui s’étend sur quatre pays: Norvège, Suède, Finlande et Russie.

La plus grande partie de cette région s’étend au-delà du cercle polaire arctique. Elle comprend notamment le Cap Nord, le point le plus septentrional du continent européen. C’est également en Laponie que se trouve la ville la plus septentrionale du monde (Hammerfest en Norvège).

La Laponie est inscrite au Patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1996 en tant que site naturel et culturel.

Les premiers habitants de cette région sont les Lapons (ou Saamis), un peuple dont le mode de vie est basé sur la transhumance. Ils notamment connu pour élever de grands troupeaux de rennes.

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