Fume, c’est du gris-vert!
Selon des sondages effectués en 1990 et 1999, une recrue sur trois fume du cannabis. Interview de Peter Bolliger, chef du Service psychopédagogique de l'armée.
swissinfo: Comment ces sondages ont-ils été réalisés?
P. B.: Un questionnaire anonyme a été distribué aux recrues à la fin de l’école. Ils pouvaient y signifier s’ils avaient utilisé ou non des produits illicites durant leur période militaire.
Ces sondages anonymes vont-il devenir systématique?
P. B.: Ce n’est pas prévu. Du moins pour l’instant. Ils continueront à être réalisés de manière sporadique, afin de voir si la situation évolue.
La consommation de cannabis à l’armée n’est donc pas un phénomène nouveau?
P. B.: Non, l’armée suisse est une armée de milice où l’on retrouve les mêmes problèmes que dans la société civile.
En revanche, la consommation de drogues dures est plus récente
P. B.: Pour l’heure, comparée à la consommation de cannabis, celle des drogues dures est minime. Cela dit, le problème existe bel et bien.
Le service militaire peut être vécu par certains comme une période ennuyeuse ou difficile. Qui pousse à consommer de la drogue?
P. B.: C’est vrai, certaines recrues consomment plus d’alcool, de médicaments voire de drogues durant l’armée. Pour alléger leurs souffrances.
Mais ce n’est pas la bonne solution. La consommation d’excitants ou de calmants n’est qu’une illusion.
La Suisse est-elle la seule armée de milice où l’on observe ce phénomène?
P. B.: Probablement pas. Même si les toxicomanes sont repérés et refoulés, toutes les armées de milices appellent des citoyens qui s’enrôlent avec leurs problèmes de civils.
En revanche, une armée professionnelle peut plus facilement faire le choix des soldats qu’elle engage et refuser ceux qui consomment de la drogue.
Quels dangers représente la consommation de cannabis à l’armée?
P. B.: En matière de comportement et de danger, je ne fais pas de différence entre la consommation d’alcool ou de cannabis.
La conduite d’engins ou la manipulation des armes – que ce soit en état d’ivresse alcoolique ou cannabique – pose un gros problème de sécurité.
Si une recrue a consommé de la drogue avant un exercice de tir, elle ne se met pas seule en situation délicate, elle met surtout la vie d’autrui en danger
La consommation de cannabis peut-elle influencer la réaction au stress?
P. B.: Très certainement. En cas d’absorption de cannabis, les recrues perdent la notion de temps et ils voient leurs réflexes diminuer. Ce qui peut être très dangereux, en cas d’actions rapides.
La consommation de Cannabis freine-t-elle la fabrication naturelle d’adrénaline. Substance utile en cas de stress?
P. B.: Cette hypothèse circule dans les milieux médicaux. Il faut beaucoup de temps à l’organisme humain pour éliminer le THC, la substance active du cannabis.
Et, dans ces conditions, il est possible qu’en cas de grand stress, l’organisme se mette à sécréter du THC au lieu de l’adrénaline.
swissinfo/Caroline Zuercher
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