L’école à la recherche d’un nouveau souffle
En Suisse, un enseignant sur trois souffre d'épuisement émotionnel
Pour Marie-Claire Tabin, présidente du Syndicat des enseignants romands, les autorités doivent redéfinir le rôle des enseignants. Et leur fournir les moyens d’assumer leurs tâches.
swissinfo: Est-il vrai que le métier d’enseignant souffre de dévalorisation?
Marie-Claire Tabin: On est confronté à un abandon de la profession et à une multiplication des retraites anticipées et des demandes de travail à temps partiel.
Ces signes ne trompent pas. Par ailleurs, on constate que la profession souffre d’une surcharge de travail.
Selon une étude réalisée à la demande de l’instruction publique de Bâle-Ville, un tiers des enseignants montrent des symptômes d’épuisement émotionnel.
Et ce sentiment de mal-être est ressentit de façon identique d’un bout à l’autre de la Suisse.
Qu’est ce qui empêche le corps enseignant de faire correctement son travail et de s’épanouir dans sa profession?
M-C.T.: L’enseignant est confronté à de multiples attentes et à des pressions auxquelles il n’a pas toujours les moyens de répondre.
Il doit faire face à des jeunes qui n’acceptent plus une relation de maître à élève uniquement fondée sur le principe de l’autorité.
Et cela tout en gérant des classes toujours plus hétérogènes avec des écoliers qui n’ont ni les mêmes bases ni les mêmes besoins.
Par ailleurs, aujourd’hui, la société ne demande plus à l’enseignant de transmettre un simple savoir.
Elle exige également qu’il forme les jeunes à l’existence. Un objectif aussi vaste est quasiment impossible à remplir avec les moyens qui sont à sa disposition.
Surtout lorsque l’on obtient aussi peu de reconnaissance pour le travail fourni.
Que faudrait-il pour redonner confiance aux enseignants?
M-C.T.: Il faudrait, avant tout, que les autorités scolaires définissent des lignes d’enseignement de façon claire, coordonnée et harmonisée pour l’ensemble de la Suisse.
L’unification du système éducatif aurait l’avantage de clarifier le rôle des enseignants et de permettre aux parents d’apprécier le travail accompli.
Les responsables politiques, eux, doivent définir les objectifs de l’enseignement.
Il faut savoir si l’on veut offrir un maximum de connaissances à une majorité de jeunes ou si l’on veut se contenter d’assurer la formation des meilleurs.
Mais, quelle que soit la réponse, il faut donner aux enseignants les moyens de remplir leur mandat.
Quels sont vos exigences?
M-C.T.: Il est urgent de motiver les élèves autant que les enseignants.
L’apprentissage passe par une bonne relation éducative, voire affective, entre l’élève et le maître.
Mais il exige également une mise en commun des expériences et compétences entre les professionnels de la branche.
En conséquence, nous demandons que les enseignants puissent diminuer leur temps de présence en classe pour pouvoir se consacrer à un travail collectif au sein des établissements.
Certes, cela implique un effort financier. Mais c’est la seule solution pour éviter une érosion du système éducatif helvétique.
swissinfo/Vanda Janka
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