La voix de la Suisse dans le monde depuis 1935
Les meilleures histoires
Restez en contact avec la Suisse
Podcast

L’EPFL honore le père spirituel de l’informatique

Durant la Seconde Guerre mondiale, Turing (à droite) dirige l’unité du contre-espionnage britannique qui décrypte les messages codés de l’armée allemande. Images tirées d'une site personnel

Centre d'excellence pour l'intelligence artificielle, l'EPFL rend hommage à Alan Mathison Turing, qui en posa les bases il y a 65 ans.

Si l’on considère généralement John Louis von Neumann comme le père du premier ordinateur – construit en 1948 aux Etats-Unis -, le savant hongrois n’aurait certainement rien pu faire sans les bases théoriques posées douze ans plus tôt par Turing.

C’est en 1936 en effet que le mathématicien britannique imagine la première des «machines» qui portent son nom. Aucune d’entre elles ne sera jamais construite, mais leur principe reste encore aujourd’hui celui qui fait fonctionner nos ordinateurs.

L’idée est de faire défiler une tête de lecture sur une bande perforée. La tête ira d’elle-même chercher – à droite ou à gauche – les données dont elle a besoin pour résoudre les problèmes soumis à la machine et sera en outre capable de modifier les données inscrites sur la bande.

Mais la bande ne doit pas être un simple dictionnaire. Pour que l’ensemble fonctionne, il faut que les problèmes posés puissent être réduits à des formules mathématiques, appelées algorithmes.

Au service secret de Sa Majesté

De manière totalement inattendue, c’est la guerre qui va permettre à Turing de mettre ses idées en pratique. Engagé par le contre-espionnage britannique, c’est lui qui invente la machine à décrypter les codes que l’armée allemande utilise pour ses transmissions.

Au sortir du conflit toutefois, Turing subit de plein fouet l’ostracisme dont l’Angleterre puritaine frappe les homosexuels. Ecarté des grands projets gouvernementaux, il perd la course contre les Américains pour la construction du premier ordinateur.

Elu en 1951 à la prestigieuse Royal Society, il est inculpé l’année suivante en raison de ses mœurs, alors considérées comme un crime. Afin de lui éviter la prison – et sans égards pour les services rendus à la patrie -, la justice de la Couronne lui impose un traitement à base d’œstrogènes, censé brider sa libido.

C’est probablement plus que ce grand esprit n’en peut supporter. Le 7 juin 1954, Alan M. Turing est retrouvé mort dans sa chambre. L’enquête conclut à un suicide par empoisonnement au cyanure.

La machine qui pense

«Conformément à sa volonté, nous célébrons cette journée sans lui», annonce vendredi le premier orateur du «Turing Day» tenu à l’EPFL pour le 90e anniversaire de sa naissance.

Venus de Grande-Bretagne, des Etats-Unis ou de Nouvelle Zélande, ces spécialistes des domaines défrichés par Turing ont répondu à l’invitation de Christoph Teuscher, assistant au Laboratoire des Systèmes Logiques (LSL) de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne.

Grand connaisseur des théories de Turing, Teuscher est l’auteur d’un livre sur l’un des rêves les plus fous du savant britannique: construire un cerveau artificiel qui pourrait égaler le cerveau humain.

Alan Turing croyait en effet que tout ce dont notre cerveau est capable, un ordinateur saurait également le faire, pour peu qu’il soit suffisamment bien conçu.

L’idée divise encore la communauté scientifique: la différence entre cerveau biologique et cerveau électronique est-elle une simple différence de degré ou une différence fondamentale, de nature?

Gianluca Tempesti, premier assistant au LSL, penche plutôt pour la différence de degré. Selon lui, même si les pères de l’intelligence artificielle ont pêché par excès d’ambition – Turing lui-même prédisait l’avènement de «l’ordinateur qui pense» à l’horizon 2000 -, la science parviendra un jour à construire une machine aussi complexe que le cerveau humain.

«Aujourd’hui toutefois, nous en sommes encore tellement loin que cela relève de la science-fiction, admet le chercheur. Mais j’entends ce terme comme quelque chose de positif, comme une manière d’imaginer ce qui se passera dans un futur lointain».

A petits pas

Sans attendre jusque-là, le LSL fait aujourd’hui figure de centre d’excellence dans certains domaines de l’intelligence artificielle, ou plus modestement de ce que l’on nomme la bio-informatique.

«Il ne s’agit pas de s’inspirer de phénomènes de très haut niveau, tels que l’intelligence, mais plutôt de phénomènes mécaniques de développement des êtres vivants», explique Gianluca Tempesti.

Dans ce domaine, l’EPFL s’est offert une première mondiale avec le BioWall, ou «objet vivant». Conçu au départ pour ce qui se nommait encore Expo.01, cette immense paroi de cellules électroniques est capable non seulement de se réparer, mais de s’organiser toute seule.

Si elle est encore loin de fabriquer ces androïdes quasiment parfaits dont la science-fiction nous a rendu l’image familière, la science avance donc à petits pas vers l’imitation de ce que la nature a produit de plus complexe: le vivant.

swissinfo/Marc-André Miserez

Les plus appréciés

Les plus discutés

En conformité avec les normes du JTI

Plus: SWI swissinfo.ch certifiée par la Journalism Trust Initiative

Vous pouvez trouver un aperçu des conversations en cours avec nos journalistes ici. Rejoignez-nous !

Si vous souhaitez entamer une conversation sur un sujet abordé dans cet article ou si vous voulez signaler des erreurs factuelles, envoyez-nous un courriel à french@swissinfo.ch.

SWI swissinfo.ch - succursale de la Société suisse de radiodiffusion et télévision

SWI swissinfo.ch - succursale de la Société suisse de radiodiffusion et télévision