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Philippe Roch ne mange pas de cet OGM-là

Au centre de la polémique, les décisions de Philippe Roch. Keystone Archive

Violemment attaqués par une partie du monde scientifique et industriel, l'Office fédéral de l'environnement et son directeur Philippe Roch s'expliquent.

Il y a la démission en bloc de cinq membres de la Commission fédérale d’experts pour la sécurité biologique, dont celle du président, Riccardo Wittek, professeur à l’Institut de biologie animale à l’Université de Lausanne.

Il y a également une pétition, adressée à Moritz Leuenberger, chef du Département dont dépend l’Office fédéral de l’environnement, des forêts et du paysage (OFEFP). Une pétition signée par de nombreux scientifiques qui demandent que le dossier «génie génétique» soit soustrait à Philippe Roch. Rien de moins.

Pourquoi une telle fronde? Parce que les refus de Philippe Roch en matière d’expérimentation transgénique s’accumulent. Il y avait eu le maïs, puis la pomme de terre. C’est, cette fois-ci, le blé qui est dans la tourmente, après que le chef de l’OFEPF a opposé son veto à une demande de dissémination de blé transgénique présentée par l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich (EPFZ).

Un troisième refus de trop pour une partie de la communauté scientifique. Mais aussi pour les politiciens bourgeois et les représentants de l’industrie concernée, qui voient en Philippe Roch un fondamentaliste de l’opposition au génie génétique.

Manque de garanties

Dans une interview parue mercredi dans le quotidien soleurois «Solothurner Zeitung», le directeur de l’OFEFP se défend: «les politiciens ne peuvent exiger une grande sécurité biologique, puis, quand l’office compétent applique leurs recommandations, m’accuser de fondamentalisme».

«Ce sont les arguments de la commission qui sont importants pour nous, mais pas le vote final, précise Andreas Stuber, chef de presse de l’OFEPF. Nous avons pris en considération ce qui y a été discuté, mais la responsabilité pour la décision finale relève de notre office.»

Et qu’est-ce qui a donc légitimé cette décision? «Premièrement, il nous manque des informations essentielles pour pouvoir évaluer les dommages potentiels liés au blé transgénique (…) Deuxièmement, il y a dans cette plante un gène de résistance aux antibiotiques. Ce que le Conseil des Etats a clairement défini comme un critère de refus pour une utilisation dans la nature d’un organisme génétiquement modifié», ajoute Andreas Stuber.

Dans le Solothurner Tagblatt, Philippe Roch apprécierait néanmoins «qu’une autorité indépendante réexamine la question». Et d’enchaîner: «si ma décision est aussi mauvaise que ce que disent actuellement ses détracteurs, ils n’auront aucun mal à obtenir gain de cause auprès du Département ou du Tribunal fédéral».

A qui la responsabilité?

Une mise au point que la pétition initiée par Gen Suisse (fondation soutenue par les grandes entreprises pharmaceutiques bâloises) et adressée au conseiller fédéral Moritz Leuenberger ne manquera pas d’apporter. Son but: soustraire le dossier «génie génétique» à l’office de Philippe Roch.

Comment réagit-on à l’OFEPF? «Le Département a signalé qu’il allait examiner les compétences pour prendre une décision, constate Andreas Stuber. Après de telles réactions, nous le comprenons parfaitement. Si la politique décide que cette compétence de décision ne relève plus de nous, nous l’accepterons. Il y a d’autres modèles possibles à ce sujet.»

Simple débat d’idées ou cabale politique menée contre l’Office de l’environnement et son patron, Philippe Roch? «Ces derniers jours montrent qu’il y a tout de même une sorte de campagne, surtout contre la personne de Monsieur Roch», conclut Andreas Stuber.

Bernard Léchot

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