Quand un Musée romain projette l’archéologie en 4002
Quels regards porteront les archéologues dans deux mille ans sur nos objets de la vie quotidienne?
Le Musée romain de Lausanne-Vidy surprend ses visiteurs par un saut fictif dans le futur.
C’est avec étonnement que le visiteur est projeté dans un monde fictif dans lequel il redécouvre ses objets familiers vieillis grâce à la science.
Matériaux périssables
«Notre environnement matériel quotidien est composé d’environ 50% d’objets en plastique et autres matières synthétiques. Or, ces matériaux ne subsisteront pas», selon Laurent Flutsch, conservateur du Musée romain de Lausanne-Vidy.
La composition chimique du papier condamne, par exemple, les images et les informations écrites. Et il est peu probable qu’un CD-rom enfoui depuis deux mille ans puisse restituer photos et autres bandes magnétiques.
En conséquence, les archéologues du futur n’auront à disposition qu’un éventail restreint d’objets: uniquement ceux dont la matière se conserve. C’est-à-dire le verre, la céramique, le métal, entre autres.
Mais, ces seuls objets ne seront, bien sûr, que partiellement représentatifs du monde des matériaux dans lequel évoluaient les êtres humains.
Appareillages compliqués
Par ailleurs, les archéologues du futur auront à disposition des objets souvent compliqués à interpréter. Comme des appareils constitués d’assemblages conçus à partir de pièces détachées: vis, boulons, brides.
Sans oublier que, dans deux mille ans, il sera difficile pour les archéologues de comprendre à quel module de commande – clavier, écran – sera rattachée telle ou telle pièce.
Cela dit, «notre exposition est un exercice purement ludique et théorique», précise M. Flutch. «Car on ne peut pas connaître à l’avance les outils que les archéologues auront à disposition dans le futur».
Capsule de bière pour plaque à gâteau
Il ne s’agit donc pas de science-fiction, mais d’une projection dans le futur avec des objets et des méthodes que nous avons à disposition aujourd’hui.
Exemples: des capsules de bouteilles de bière et des plaques à gâteau à bords dentelés ont été classées dans la même catégorie. Or, les archéologues du futur pourraient avoir tendance à considérer ces capsules comme des mini-plaques à gâteaux pour portion individuelle…
Toujours est-il que les 150 objets exposés ont été dégradés par une accélération de leur vieillissement dans le Laboratoire de conservation et restauration du Musée cantonal d’archéologie à Lausanne.
swissinfo/Emmanuel Manzi
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