Procès de «l’ange de la mort» à Lucerne
Un infirmier passe devant la justice à Lucerne. Il est accusé du meurtre de 24 patient(e)s, des femmes âgées pour la plupart.
Agé de 36 ans, le prévenu aurait semé la mort entre 1995 et 2001 dans plusieurs homes situés en Suisse centrale.
L’homme a été arrêté en juin 2001. Egalement accusé de trois tentatives de meurtre, il pourrait se voir infliger jusqu’à 17 ans de prison.
Parmi ses victimes alléguées, pas moins de 23 étaient des femmes, et seulement quatre des hommes – tous âgés de 66 à 95 ans.
L’intéressé a avoué qu’ils les avaient étouffés avec un sac en plastique ou une serviette ou qu’il leur avait administré une surdose de tranquillisants.
Cinq corps exhumés
L’arrestation de l’infirmier est intervenue après que plusieurs morts suspectes eurent été constatées au sein d’une unité spéciale lucernoise ouverte aux personnes atteintes de sénilité. Là-même où l’accusé a travaillé six mois durant.
Suite à son arrestation, les enquêteurs ont élargi leur terrain d’investigation. Ils y ont inclus d’autres homes et d’autres hôpitaux où l’homme avait été employé. Au cours de l’enquête, cinq corps ont même été exhumés.
La police a notamment découvert douze morts suspectes au sein du seul et même home pour personnes âgées de Sarnen, dans le canton d’Obwald, en Suisse centrale.
Pour sa défense, l’accusé a indiqué à la police avoir agi par compassion, empathie et pour soulager les personnes concernées. Il a toutefois évoqué aussi un surmenage personnel et la lourde charge supportée par l’équipe soignante.
Selon une expertise psychiatrique, l’homme est capable de discernement et jugé apte à passer en jugement.
Employés choqués
Sur le terrain, le directeur des services sociaux de la ville de Lucerne indique à swissinfo que le contrôle sur les infirmiers et les intervenants au sein des homes a été accru.
Selon Ruedi Meier toujours, d’autres mesures ont été prises: la formation a été améliorée, davantage de collaborateurs ont été embauchés pour réduire la surcharge de travail. Enfin, les principes qui encadrent la prise en charge ont été révisés.
«Les employés de la région sont choqués par ce qui est arrivé, explique Ruedi Meier. Ils n’auraient jamais pensé qu’un présumé «ange de la mort» puissent travailler dans l’un de leurs homes.»
Et d’assurer que «tout cela n’a rien à avoir avec du suicide assisté. Il s’est agi de meurtres».
Un sujet brûlant
Le procès de Lucerne est en réalité la plus importante affaire liée de près
ou de loin à l’euthanasie active de l’histoire du pays. Il intervient alors que le débat fait rage sur ce sujet, en Suisse comme à l’étranger.
En Suisse du reste, l’euthanasie active n’est pas légale. Mais des personnes spécialement formées peuvent fournir aux patients les moyens de mettre fin à leurs jours.
Une étude récente a montré que c’est en Suisse que le plus grand nombre de suicides assistés sont enregistrés à l’échelle européenne.
Selon une étude de l’Université de Zurich, sept malades en phase terminale sur dix ont mis fin à leurs jours en Suisse à l’aide de l’un ou l’autre types d’euthanasie en 2003.
Et pas plus tard que l’an dernier, l’Académie suisse des sciences médicales a estimé que les médecins sont fondés sous certaines conditions à aider leurs patients en fin de vie à mourir.
swissinfo et les agences
Agé de 36 ans, l’infirmier est accusé de 24 meurtres et de trois tentatives de meurtre.
Ces crimes ont été commis sur une période de sept ans.
L’homme a été arrêté en juin 2001.
Il indique avoir agi par sentiment de compassion à l’égard de ses patients.
Le jugement est attendu le 2 février.
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