A 73 ans, le passeur de valises du RPR sévit toujours
Georges P, à la tête de la société Interaf à Genève, se présente comme un 'exportateur d'argent'. Ses clients? Le RPR, mais aussi les Basques de l'ETA.
Toujours tiré à quatre épingles, Georges P. est un homme discret. Sa photo n’est jamais parue dans les journaux. Le Canard enchaîné lui a tout juste consacré une caricature: on le voit les bras encombrés de valises d’où dépassent des liasses de billets.
Ce Français, spécialisé dans le commerce de l’or anonyme et les transferts discrets de capitaux vers la Suisse, a créé au début des années cinquante à Paris la Compagnie générale de change, devenue depuis la Société générale de change. En Suisse, il possède depuis 1971 la société Interaf, installée rue de Fribourg à Genève.
En août 1997, Georges P. est inculpé par le juge Eric Halphen pour «recel de biens sociaux», dans le cadre d’une enquête sur les HLM de Paris et le financement occulte du RPR. Il est soupçonné d’être le dernier maillon d’une chaîne de blanchiment de fonds portant sur trois millions de francs suisses.
«Des opérations illicites»
Le patron d’Interaf jure qu’il ignore tout de l’identité de ses clients. Il ne les connaît que sous des noms de code: «Grosses moustaches», «Napoléon» ou «Culottes courtes».
Plus récemment, en septembre 2001, Georges P. a réclamé (et obtenu) de la chambre d’instruction de la cour d’Appel de Paris l’annulation d’une partie de la procédure du juge Halphen relative à la fameuse cassette de Jean-Claude Méry, le financier occulte du RPR…
Toutefois, Georges P. ne travaille pas seulement pour le parti de Jacques Chirac. Le 28 mai 1991, il reçoit une lettre recommandée de Michèle M., la présidente d’Interaf, lui annonçant «sa démission avec effet immédiat».
«Interaf est impliquée dans des opérations illicites qui ne figurent pas dans le bilan de cette société», écrit la présidente démissionnaire. Georges P. fait l’objet d’un mandat d’arrêt international. Arrêté en Suisse, il est extradé un juillet 1991 en France.
Une tonne d’or par mois
Il ne s’agit pas de valises d’argent au profit d’un parti politique français, mais de recyclage de l’impôt révolutionnaire des terroristes de l’ETA en Espagne, et de blanchiment des profits de trois trafics de drogue, cocaïne, héroïne, et haschisch.
A cette époque, la Société générale de change de Georges P. achetait une tonne d’or par mois, plus qu’une banque comme le Crédit Lyonnais. Incarcéré presque une année, le patron d’Interaf a toutefois été relaxé en 1997 dans cette procédure de blanchiment.
En effet, la justice n’a pas pu prouver que Georges P. «savait que les sommes déposées provenaient d’un trafic de stupéfiants». A l’image de monsieur Jourdain, Georges P. fait du blanchiment sans le savoir. Il ne connaît jamais l’identité de ses clients.
Porteur de valises multicartes
Très occupé, le patron d’Interaf n’a pas trouvé le temps de nous recevoir. Mais fort poli, ce vieux monsieur de 73 ans nous a adressé un fax pour nous avertir qu’il n’était pas en mesure «de répondre favorablement à une demande d’entretien». Campagne pour les élections présidentielles oblige.
«Malheureusement pour lui, son fils n’a pas son envergure. Georges P. ne peut pas prendre sa retraite. Les clients ne veulent travailler qu’avec lui», constate un chercheur du Centre de recherches sociologiques sur le droit des institutions pénales (CESDIP), qui a consacré une étude à ce porteur de valises multicartes.
swissinfo/Ian Hamel
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