A Genève, on se penche sur les réseaux de Ben Laden
A partir d'une liste de 700 noms, l'Observatoire du crime organisé retrace les liens d'argent entre Oussama Ben Laden et des organisations comme Nada, à Lugano.
Imaginez une multitude de noms, disposés dans des cercles et reliés entre eux par des traits. C’est la nébuleuse Ben Laden, comme l’Observatoire du crime organisé (OCO) se la représente. Outre celui du terroriste réfugié en Afghanistan, le document donne les noms de banques, comme Al-Shamal Bank ou la tristement célèbre BCCI, et des sociétés financières comme Al-Taqwa, devenue Nada, et domiciliée au Tessin.
«Nous constatons que les mêmes personnes travaillaient ensemble dans les années septante. Elles créent des sociétés, qui disparaissent. D’autres entreprises réapparaissent ailleurs dans les années quatre-vingt, toujours avec les mêmes individus», constate Nicolas Giannakopoulos. Ce chercheur, auteur d’une étude intitulée «Corruption suisse et crime organisé», financée par la Confédération, est à l’origine de la création de l’OCO.
Cette association, fondée cette année à Genève, cherche à mettre sur pied la plus vaste base de données sur la grande criminalité, ainsi que des outils de recherche et de traitement de l’information. A qui l’OCO s’adresse-t-il ? Aux chercheurs, aux juges, aux parlementaires, aux journalistes. A tous ceux qui se préoccupent du développement de la grande criminalité dans le monde.
Bientôt sur la toile
Actuellement, la recherche d’informations de base, comme la consultation d’un simple dossier au registre du commerce, demande beaucoup de temps. Demain, il sera possible de connaître les noms des actionnaires d’une mystérieuse société domiciliée à Lugano ou à Zurich en cliquant sur le site de l’OCO.
«Nous possédons déjà peut-être 200, 300 000 documents sur la criminalité organisée. Nous souhaitons en faire profiter toutes les personnes intéressées», explique Nicolas Giannakopoulos. Les spécialistes du trafic de drogue, de la corruption, des paradis fiscaux, possèdent souvent des bibliothèques entières sur ces sujets. Il s’agit de réunir toutes ces mines d’informations.
Encore faut-il trouver un million de dollars pour scanner des tonnes de dossiers et construire un site véritablement efficace, baptisé Organized Crime DataBase (OCDB). Afin de ne pas vivre de subventions, l’opération se fera sur une base commerciale. «Pour obtenir la meilleure information possible, il faut des moyens financiers», souligne le directeur de l’OCO.
Ian Hamel
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