Après les victimes de l’Holocauste, les esclaves
Des descendants d'esclaves noirs américains demandent réparation. Ils s'inspirent de l'action contre la Suisse sur les fonds en déshérence.
La plainte a été déposée par une ancienne étudiante en droit. Elle a accumulé, depuis des années, des archives sur le rôle joué par certaines entreprises à l’époque de l’esclavage aux Etats-Unis.
La plainte est collective. Et elle est faite au nom des quelque 36 millions de descendants des esclaves importés d’Afrique. Elle est soutenue par des personnalités et des militants noirs américains, parmi lesquels le pasteur Jesse Jackson.
Les services d’Edward Fagan et de Michael Hausfeld
Cette affaire présente de nombreuses similitudes avec celle des avoirs des victimes de l’Holocauste. Et avec l’accord global signé en août 1998 entre les banques suisses et les organisations juives américaines.
Les plaignants noirs s’adressent à la même Cour, le tribunal fédéral de Brooklyn, à New York. Et les avocats sont les mêmes. Les militants noirs américains impliqués dans l’action en justice ont en effet recruté deux avocats qui ont joué un rôle crucial dans l’affaire des avoirs juifs, Edward Fagan et Michael Hausfeld.
Le pasteur Jackson et ses associés soulignent que l’expérience de MM. Hausfeld et Fagan face aux compagnies suisses, allemandes, autrichiennes et françaises renforcera le dossier présenté par les plaignants noirs contre les entreprises américaines qu’ils accusent d’avoir réalisé de gros profits sur le dos des esclaves.
Une question qui n’a rien à voir avec l’argent
Les objectifs poursuivis par cette affaire sont identiques à ceux recherchés dans celle des fonds juifs en déshérence.
«Au fond, la question des réparations n’a rien à voir avec l’argent, mais il s’agit pour le pays de réexaminer son histoire», indique Manning Marable, l’un des universitaires noirs américains qui soutiennent la plainte collective. Une déclaration qui rappelle beaucoup la position défendue par le Congrès Juif Mondial pendant ses tractations avec les banques suisses.
Les plaignants noirs américains entendent aussi employer les méthodes que les organisations juives et les avocats avaient utilisées dans les années 90. C’est ainsi la première fois que des réparations pour l’esclavage sont demandées à des entreprises privées.
En 1995, une plainte contre le gouvernement fédéral américain avait été rejetée. A l’époque, les magistrats avaient fait valoir que, jusqu’à son abolition, l’esclavage était parfaitement légal aux Etats-Unis.
L’affaire des fonds juifs a créé une jurisprudence
La plainte déposée mardi s’appuie sur le précédent, créé après 1995, par les indemnisations versées aux héritiers des victimes juives de l’Holocauste. Ed Fagan explique d’ailleurs que la plainte des Noirs Américains est «la suite logique des actions intentées afin d’obtenir des réparations pour l’Holocauste».
Et l’avocat d’ajouter: «l’affaire des avoirs juifs a établi une jurisprudence permettant aux victimes de violations des Droits de l’Homme de demander des réparations aux entreprises ou aux successeurs des entreprises qui ont abusé d’elles».
Pour le moment, leur plainte collective mentionne trois sociétés américaines. Mais le pasteur Jackson s’apprête à contacter une dizaine d’autres entreprises pour leur signifier son intention de les poursuivre en justice également.
Des dommages et intérêts pour les descendants des esclaves
Dans les documents qu’ils ont remis au tribunal, les avocats des plaignants soulignent que l’esclavage, pratiqué aux Etats-Unis jusqu’en 1865, constitue «un système immoral et inhumain qui a privé des Africains de leurs vies, de leurs libertés, de leur citoyenneté, de leur patrimoine culturel et des fruits de leur propre labeur».
Les plaignants exigent une indemnisation qui pourrait prendre des formes inspirées des réparations accordées aux victimes de l’Holocauste. Des dommages-intérêts seraient versés aux descendants des esclaves. Tandis que des fonds spéciaux, alimentés par les entreprises visées, seraient établis pour améliorer la formation des Noirs et favoriser leur progression sur l’échelle sociale.
swissinfo/Marie-Christine Bonzom à Washington
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