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Bain de sang au Parlement de Zoug

Fleurs et bougies pour un recueillement sur les escaliers de l'édifice qui abrite le Parlement zougois, tard jeudi soir. Keystone

L'effroi, la tristesse, l'incrédulité. La petite ville de Zoug, en Suisse centrale, est en état de choc après la tuerie survenue jeudi en pleine séance du Parlement cantonal. Un tireur fou a abattu 14 personnes, dont trois membres du gouvernement zougois. Il y a en outre 15 blessés, dont une dans un état grave.

Zoug, 10 heures et demi, jeudi matin. Un homme armé, déguisé en policier, fait irruption dans la salle du Parlement cantonal, où les députés délibèrent. Il tire autour de lui, déchargeant son fusil d’assaut. Il sort brièvement, puis revient, pour lancer dans la salle un engin explosif. «Cela a duré peut-être 4 ou 5 minutes, mais cela m’a paru une heure», raconte l’un des survivants, le parlementaire Konrad Studerus.

Le bilan est effroyable: 14 morts, 15 blessés, dont une dans un état grave. Un massacre qui frappe au cœur la petite démocratie zougoise. Trois membres du gouvernement ont été abattus, ainsi que le président du parlement et dix de ses collègues. L’auteur de la tuerie s’est vraisemblablement lui-même fait justice, avant que les forces de police n’investissent le bâtiment.

Pas de lien avec le terrorisme

Son nom: Friedrich Leibacher, un Suisse de 57 ans, habitant Zurich, mais dont les racines étaient à Zoug. Le procureur de la Confédération, Valentin Roschacher, s’est rendu sur place, jeudi, pour bien souligner que tout lien avec le terrorisme, et en particulier les attentats du 11 septembre aux Etats-Unis, était exclu. «Il s’agit d’un événement local» a ajouté le commandant de la police cantonale, Urs Hürlimann.

Alors, quel motif pour un tel acte? «Manifestement, la vengeance et la colère», a avancé le juge d’instruction, Roland Schwyter. Friedrich Leibacher était, semble t-il, une sorte de maniaque des procédures. Il avait lancé tous azimuts une série de plaintes contre des personnalités de la vie publique zougoise. Sept de ces procédures avaient été repoussées, cette semaine, par le Tribunal cantonal.

Jour de colère

«Cela a pu être l’élément déclencheur de son acte», a déclaré le juge d’instruction. Dans une lettre laissée sur les lieux du drame, l’assassin annonce «un jour de colère pour la mafia zougoise». Un texte plein de rage, dans lequel Friedrich Leibacher s’en prend tout à la fois aux autorités zougoises, au Tribunal fédéral et au Conseil fédéral.

Zoug est en tout cas en état de choc. «Je suis triste, je suis touché, je ne comprends pas pourquoi ça s’est passé», déclare un habitant de la ville, visiblement très remué. Je ressens une douleur insupportable.» «On ne peut presque plus parler», confie un hôtelier, qui abrite la cellule d’accueil et de soutien psychologique mise en place pour une quarantaine de survivants.

La détresse d’un petit canton

Et il poursuit: «Jusque là, Zoug était une petite ville tranquille, avec presque seulement des gens heureux. Mais maintenant, tout a changé.» «Cela donne à réfléchir, ajoute la tenancière d’une boutique, à quelques dizaines de mètres du Parlement. On n’a pas besoin de Ben Laden pour mourir. Cela peut aussi arriver ici, en Suisse.»

Les plus hautes autorités du pays ont tenu à partager la détresse du petit canton. Le président de la Confédération, Moritz Leuenberger, ainsi que le président du Conseil national, Peter Hess, lui-même Zougois, ont participé jeudi soir à une cérémonie de recueillement dans une église de la ville. Une seconde cérémonie doit avoir lieu lundi prochain, par ailleurs, déclaré jour de deuil.

Revenant sur cette atroce tuerie, le président de la Confédération a évoqué la spirale de la violence qui «menace les valeurs sur lesquelles notre Etat est fondé». Et qualifié cet acte d’«atteinte à la démocratie».

Pierre Gobet, Zoug

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