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De nouvelles boîtes à bébés à l’examen

Une fois l'enfant déposé, l'alarme se déclanche et il est alors recueilli par les sages-femmes. www.babyfenster.ch

Un silence gêné entoure le bébé déposé en septembre dans la première boîte à bébés du pays, à Einsiedeln, dans le canton de Schwyz.

Malgré un flou juridique, la Fondation ASME veut en ouvrir d’autres au printemps prochain. Dont une en Suisse romande.

C’est un garçon, né sans aucun doute dans des circonstances tragiques, le 5 septembre. Sa mère a accouché à l’extérieur, à Baden (AG), où l’on a retrouvé le placenta et le cordon ombilical.

Le jour même, elle s’est rendue à 60 kilomètres de là, à Einsiedeln dans le canton de Schwyz et a déposé son bébé dans la «boîte à bébés» ouverte à l’Hôpital régional en mai 2001. Puis, elle est repartie, sans que personne ne la retienne.

L’alarme du dispositif s’est déclenchée et les sages-femmes sont arrivées. Ce sont elles qui ont donné le prénom, préparé en prévision d’une éventualité: Andreas Jonas pour un garçon, Anna Deborah si cela avait été une fille. Andreas a été placé auprès de parents adoptifs par l’autorité de tutelle du district d’Einsiedeln.

Connue pour son combat contre l’avortement et créatrice du dispositif en collaboration avec l’hôpital, l’Aide suisse pour la mère et l’enfant (ASME) rappelle que la mère a «au moins six semaines» après la naissance pour se manifester et reprendre son enfant. C’est-à-dire, jusqu’à ce jeudi 17 octobre. L’a-t-elle fait?

«Malheureusement non», répond le secrétaire général de l’ASME Dominik Müggler. A l’hôpital, un silence gêné suit la question. «Pas de commentaire», finit par dire Irma Barmettler, responsable adjointe de la direction des soins.

«Nous devons protéger la mère et l’enfant», poursuit-elle. «Nous sommes convaincus qu’Andreas trouvera de bons parents», ajoute la responsable Ursula Holderegger. De la police aux autorités de tutelle en passant par les juristes du canton, on lance le même appel: «La boîte à bébés est parfaitement légale, laissez-nous en paix».

«Bon pour l’image!»

D’ailleurs, la Fondation ASME compte ouvrir trois nouvelles boîtes à bébés au printemps prochain, dont une en Suisse romande. Où?

«Nous ne voulons pas le dire, pour ne pas faire pression sur la direction de l’hôpital concerné, répond Dominik Müggler. Nous avons l’embarras du choix, tout le monde en veut une! Les hôpitaux pensent que c’est bien pour leur image.»

Cependant, un sondage auprès d’une dizaine de maternités ne permet pas de confirmer, voire de vérifier cet enthousiasme. Bien au contraire.

«Soutenir ce genre d’initiative est, à mon avis, un signe d’appauvrissement social», explique le professeur Olivier Irion, médecin-chef du département de gynécologie obstétrique des Hôpitaux universitaires de Genève.

Et d’ajouter: «Cela revient un peu à officialiser la souffrance de la mère sans lui venir en aide. Du reste, les cas de bébés retrouvés abandonnés surviennent plutôt dans des régions où les femmes trouvent peu de lieux où parler de leurs problèmes».

Autoriser l’accouchement anonyme?

Plusieurs cas de bébés trouvés morts ont défrayé la chronique ces dernières années, poussant l’Allemagne et l’Autriche à installer une quarantaine de boîtes à bébé. En Suisse alémanique aussi, la question agite les esprits.

A la maternité de l’hôpital cantonal de Bâle, on explique que l’idée fait l’objet d’un «premier examen». Aucune décision n’a été prise.

A Zurich, la discussion a été relancée par le bébé de Baden: la maternité Triemli Inselhof, troisième maternité de Suisse avec 1200 naissances par an (derrière l’hôpital cantonal de Genève, 3000 naissances, et celui de Zurich, 2000 naissances) examine la possibilité d’installer une fenêtre à bébé.

«Ce n’est encore qu’une idée, pas un projet, indique la médecin-chef Brida von Castelberg. Nous sommes en train de consulter notre personnel et nous voulons être sûrs que c’est légal.»

Pour la responsable, ce ne serait néanmoins qu’un pis-aller. «Pour la sécurité de la mère et de l’enfant, dit-elle, il serait mieux d’accorder la possibilité d’accoucher anonymement. La mère peut ainsi compter sur un environnement médical. Ce qui s’est passé à Baden, c’est affreux».

L’accouchement anonyme fera aussi l’objet d’un débat au parlement fédéral, peut-être en décembre. Les députés du Conseil national doivent discuter d’une motion demandant son autorisation déposée par le Bernois Christian Waber, de l’Union démocratique fédérale.

Différentes modifications récentes, sans compter un jugement du Tribunal fédéral, vont cependant plutôt vers un renforcement du droit de connaître ses origines.

swissinfo/Ariane Gigon Bormann à Zurich

9 mai 2001: ouverture, sous l’égide de la Fondation ASME, de la première boîte à bébés en Suisse à l’Hôpital régional d’Einsiedeln (SZ)
28 août 2001: publication d’une expertise critique par l’Office fédéral de justice
5 septembre 2002: un premier bébé est déposé à Einsiedeln
17 octobre: délai minimal de six semaines pendant lesquelles la mère pouvait se manifester. La durée légale de ce délai fait cependant l’objet d’interprétations divergentes

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