«Je crains ceux qui veulent répondre à la haine par la haine»
Dans plusieurs interviews parues vendredi dans la presse suisse, le président de la Confédération, Moritz Leuenberger, revient sur les attaques terroristes contre New York et Washington. Il redoute une riposte aveugle des Etats-Unis et relève la nécessité d'une lutte globale contre le terrorisme.
Visiblement, le président de la Confédération est encore sous le choc des images de mardi. «J’ai vu l’attaque à la télévision, depuis mon bureau, raconte t-il à la Neue Luzerner Zeitung. Comme des millions de gens dans le monde, j’ai été témoin d’un massacre. Et comme eux, il m’est impossible de décrire mes sentiments.»
«Je commence à recevoir des lettres de gens qui disent avoir peur, se sentir impuissants, déconcertés», précise dans Le Temps Moritz Leuenberger. Pourquoi ces réactions, ce sentiment que quelque chose a profondément changé? «Peut-être parce que nous avons vécu tout cela en direct. L’image télévisée est tellement proche», répond-il dans la Südostschweiz.
Mais aujourd’hui, l’heure est aux représailles. Pas de doute, les instigateurs de ces attaques doivent être découverts et punis. Mais le président de la Confédération s’inquiète: «Il faut éviter toute réaction qui pourrait toucher des innocents, déclare t-il à la Neue Luzerner Zeitung. On ne doit pas répondre à la haine par la haine, à l’injustice par l’injustice.»
L’impossible isolement
L’une des leçons de la tragédie américaine est pour lui d’ores et déjà claire: contre le terrorisme, il faut une collaboration internationale. «Si une grande nation comme les Etats-Unis ne peut pas se battre seule, un petit Etat comme la Suisse le peut encore moins, relève Moritz Leuenberger dans Le Temps. Tout seuls nous risquerions même de devenir une île où le terrorisme s’abriterait et se préparerait.»
C’est une véritable mutation que connaît l’ordre mondial: «Le schéma d’une guerre entre deux ou plusieurs nations est en train d’être dépassé. Le rôle des Etats a changé. En quelque sorte, la politique intérieure est devenue mondiale. Notre dispositif de sécurité doit être adapté en ce sens.»
Concilier liberté et sécurité
Mais quel sera le prix de cette lutte contre le terrorisme? Le président de la Confédération commence par remarquer, dans les colonnes de la Südostschweiz, que «l’on ne pourra jamais organiser une société de manière à exclure le terrorisme». Surtout, «il faut éviter de détruire notre liberté pour des raisons de sécurité», poursuit-il dans la Neue Luzerner Zeitung.
Mortiz Leuenberger se montrer d’ailleurs convaincu, dans Le Temps, qu’ «il est possible d’assurer en même temps la liberté et l’efficacité.» Mais lutter contre les criminels ne suffira pas: «En même temps, nous devons nous engager à lutter contre les inégalités et la haine religieuse. Si l’on veut une paix durable, il ne faut pas que coexistent un monde de riches et un monde de gens qui n’ont plus rien à perdre.»
Pierre Gobet
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