Jean-Bernard Schmid, l’héritier de Bernard Bertossa
Election du procureur général à Genève: candidat de l'Alternative (gauche), J.-B. Schmid veut assurer la continuité.
swissinfo: En privé, certains avocats d’affaires considèrent que la seule richesse de la Suisse consiste à gérer l’argent des autres, même s’il ne sent pas très bon. Que leur répondez-vous?
Jean-Bernard Schmid: C’est dommage que ces avocats ne disent pas cela en public! La Suisse n’a plus les moyens de résister aux pressions de ses voisins, en particulier dans le domaine fiscal. Où ira alors cet argent? La vraie question est de savoir si les prestations des banques suisses sont meilleures que celles de leurs concurrents.
La Suisse n’a donc aucun intérêt à accueillir l’argent des trafiquants ou des dictateurs?
J.-B. S.: L’image de marque est essentielle. Comme on n’achète plus un ballon de foot fabriqué par des enfants du tiers-monde, on se méfie des établissements financiers qui acceptent n’importe quels fonds. N’oublions pas non plus que lorsqu’un dictateur pille son pays, la population s’appauvrit, et va chercher fortune ailleurs. Vous retrouvez de petits trafiquants en train de vendre des boulettes de cocaïne dans les rues de Genève.
Est-ce une caricature de dire que votre priorité est le combat contre la grande criminalité, et celui de votre adversaire, la lutte contre la délinquance?
J.-B. S.: Tout en s’attaquant au blanchiment d’argent du crime, Bernard Bertossa n’a jamais négligé pour autant la criminalité locale. Ma priorité est d’assurer la répression, mais aussi la prévention, contre toutes les formes de violence, notamment celles que subissent les jeunes, les femmes, les personnes âgées. Je souhaite ouvrir au Palais de justice un bureau d’accueil et de conseils pour les victimes d’infractions.
Pensez-vous que les magistrats ne sont pas assez payés?
J.-B. S.: Ce n’est pas ma priorité. En revanche, il est nécessaire d’améliorer leur formation. Personne n’apprend à un jeune juge comment il doit gérer un dossier, comment interroger un témoin. Le métier se professionnalise de plus en plus. Les dossiers deviennent de plus en plus complexes. Nous travaillons à flux tendus.
Les dossiers les plus complexes ne vont-ils pas partir à Berne?
J.-B. S.: Les organisations criminelles sont dorénavant de la compétence de la Confédération. Mais le blanchiment? Quand un magistrat bloque de l’argent appartenant à un mafieux russe, il ne mène pas une investigation sur la corruption à Moscou, mais sur le fait que la place genevoise a été utilisée pour blanchir. Il est donc inexact de dire que nous ne nous occuperons plus du combat contre la grande criminalité.
Propos recueillis par Ian Hamel
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