Jouer sur internet pour se prémunir du sida
Faire campagne sur le web: voilà l'un des moyens efficaces de prévention que la Suisse entend présenter à la Conférence de Barcelone sur le sida.
Les chances et les limites des thérapies combinées, la prévention dans les populations de migrants et la campagne stop sida sur internet: voilà les trois grands thèmes que la délégation suisse entend aborder dans ses présentations à Barcelone.
Deux ans après Durban en Afrique du Sud, c’est en effet la capitale catalane qui accueille dès ce dimanche et pendant toute une semaine la 14e conférence internationale consacrée à la lutte contre le sida.
Entre ces deux rendez-vous, le diagnostic planétaire s’est encore aggravé: l’épidémie n’est encore qu’à ses débuts, dit-on parmi les experts du programme ONUSIDA, elle est en train d’atteindre «des niveaux que l’on ne croyait pas possibles auparavant»
En Suisse, depuis le début de l’année, l’Office fédéral de la santé publique a annoncé treize décès des suites du sida et enregistré plus de 80 nouveaux cas. Ce n’est donc pas le moment de freiner la prévention, notamment sur internet.
stopsida.ch
«En Suisse, nous n’avions pas de portail sur le sida, nous explique Helena Urfer, de l’Office fédéral de la santé publique. Mais lorsque l’on faisait une recherche sur le web suisse, on trouvait une énorme quantité d’informations intéressantes et de qualité.»
Comme ces informations étaient disséminées un peu partout sur la toile, personne n’allait les chercher: «il fallait une vitrine, il fallait attirer le public». D’où la création non seulement du site stopsida.ch, mais aussi du jeu «Catch the sperm».
Sur l’écran, à l’aide de votre canon à préservatifs, il vous faudra capturer la totalité des virus du sida et des spermatozoïdes. Laissez s’échapper un virus et vous perdez le jeu, définitivement, comme dans la vie. Game over.
Si par contre des spermatozoïdes se mettent hors de portée de votre préservatif, vous ne perdez que des points. Mais vous l’aurez échappé belle. Avertissement sans frais.
Pour avoir envie d’en savoir plus
«Ce jeu (gratuit) fonctionne comme un appât, dit Helena Urfer. C’est une manière d’attirer les jeunes vers un portail où ils pourront trouver des réponses détaillées sur les questions qu’ils se posent.»
Ses inventeurs ont réussi leur coup de poker. Depuis le début de l’an dernier, «Catch the sperm» a déjà été téléchargé plus de 20 millions de fois. La recette: un graphisme sophistiqué et une bonne dose de provocation.
En aval, la consultation du site de l’Aide suisse contre le sida a plus que doublé depuis le lancement du jeu. Une bonne moitié des jeunes qui ont joué – 22 ans en moyenne – sont ensuite revenus chercher des informations. Ou s’y connectent régulièrement.
Les services proposés vont encore plus loin. Après le simple e-mail et le chat, le site est désormais ouvert à de véritables consultations interactives auprès de professionnels de la santé, sur rendez-vous et avec salle d’attente virtuelle.
Helena Urfer n’hésite pas à parler de prévention efficace car, dit-elle, «le contact personnalisé derrière un écran, via internet et dans l’anonymat permet plus de liberté de parole», condition nécessaire à la prévention et au dépistage.
Les limites d’un modèle
Web oblige, le succès du jeu a largement dépassé les frontières suisses même si ce n’était pas le but recherché par ses initiateurs. Les internautes qui l’ont téléchargé viennent d’une bonne centaine de pays. Le site est consulté aux quatre coins du monde.
Cette avalanche de messages fait problème à l’Aide suisse contre le sida qui ne sait plus vraiment où donner de la tête. Il lui faudrait davantage de personnel pour répondre personnellement à chaque question.
En positif: le site est à la disposition des pays qui n’ont pas les moyens de faire ce genre de prévention. En négatif: cela coûte très cher et reste un outil pour gens privilégiés.
À armes inégales
Autrement dit, la campagne suisse contre le sida n’est pas transposable telle quelle dans des pays en développement, il faut chercher d’autres solutions pour les pays pauvres.
Voilà qui amène de l’eau au moulin de ceux qui pensent que la Suisse doit faire davantage pour lutter contre le sida dans le monde: dix millions de dollars par année, c’est insuffisant clament certaines ONG.
C’est une première étape, répond la Coopération suisse, qui rappelle que le Fonds mondial est né il n’y a pas si longtemps et qu’on n’a pas encore une très bonne idée de son efficacité.
Mais la réalité n’attend pas: le dernier rapport ONUSIDA affirme sans détours que dans les vingt prochaines années, si on ne fait pas massivement plus d’efforts qu’aujourd’hui, 68 millions de personnes mourront du sida dans les 45 pays les plus touchés.
swissinfo/Bernard Weissbrodt
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