L’Amérique affiche une forme olympique
L'Amérique veut profiter des Jeux de Salt Lake City. Pour prouver au monde que le phénix renaît de ses cendres.
Triomphante face à l’adversité. Et sûre de ses valeurs. Après avoir pleuré et commémoré ses milliers de morts pendant cinq mois, l’Amérique veut montrer une autre image d’elle-même aux quelque trois milliards de téléspectateurs qui vont suivre les Jeux Olympiques (JO) d’Hiver.
A cet égard, Salt Lake City est l’endroit rêvé. La capitale de l’Etat d’Utah se situe en effet au cœur de l’Amérique mythique, celle des Indiens et des pionniers, des Mormons et des cow-boys, des grands espaces et des rodéos.
Le retour du patriotisme
De New York à Hawaï, de Chicago à Miami, malgré les réticences de nombreux pays qui invoquent la neutralité politique de l’olympisme, ces JO marquent le retour d’un patriotisme américain dans la vie quotidienne des gens. Un patriotisme remis au goût du jour depuis les attentats du 11 septembre.
Pour l’ouverture des Jeux, l’Amérique a mobilisé son président George Bush et son secrétaire d’Etat Colin Powell. Et elle a fait d’intenses pressions sur le Comité International Olympique pour qu’il accepte de laisser la vedette au drapeau qui fut arraché aux ruines du World Trade Center.
Véritable emblème de la résistance du peuple américain, l’Amérique voulait que ce drapeau fût porté, lors de la cérémonie d’ouverture, par huit membres de la délégation des Etats-Unis, flanqués de pompiers et de policiers new-yorkais.
Appel à la prudence
L’un des organisateurs américains des JO met en garde ses compatriotes contre les manifestations excessives d’enthousiasme. «Nous devons être prudents, affirme Don Mischer, producteur exécutif de la cérémonie d’ouverture. Car le monde considère les Jeux comme un événement international qui fête, avant tout, les sports d’hiver.»
Le patron du Comité International Olympique reconnaît que «les Jeux prennent une importance particulière cette année à cause des attentats du 11 septembre». Mais le Belge Jacques Rogge ne croît pas aux dérapages patriotiques.
Quoi qu’il en soit, les manifestations nationalistes devraient être tempérées par la peur de nouveaux attentats. Depuis le 11 septembre, aux Etats-Unis, le regain du sentiment patriotique se conjugue avec l’apparition d’une sensation de vulnérabilité.
Des JO sous haute surveillance
Les Jeux constituent une cible idéale pour des terroristes qui chercheraient à faire un coup d’éclat sous les projecteurs des médias internationaux. Au risque d’être accusées d’en faire un peu trop, les autorités américaines ont donc déployé les grands moyens.
L’espace aérien de l’Utah est surveillé par des avions-radars AWACS et des avions de combat F-16. L’aéroport international de Salt Lake City a été carrément condamné à la fermeture lors des cérémonies d’ouverture et de clôture.
Pendant toute la durée des Jeux, 16 000 soldats, appuyés par des centaines de réservistes de la Garde Nationale, ont été mobilisés pour patrouiller dans les rues de Salt Lake City et sur les principaux sites des compétitions.
Quant aux sportifs, ils sont logés à la même enseigne que les spectateurs. Eux aussi, ils sont soumis à des contrôles d’identité et à des fouilles régulières.
Enfin, à la Saint Valentin, le 14 février, les fleurs qui franchiront les portes du village olympique auront été passées préalablement au peigne fin. Le spectre du bacille du charbon et d’autres organismes dangereux plane toujours sur l’Amérique.
Marie-Christine Bonzom
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