La France piste des comptes suisses à l’île Maurice
La Cour suprême de l'île Maurice doit examiner mercredi la commission rogatoire internationale adressée par deux magistrats français en charge des ventes illégales d'armes vers l'Angola. Elle concerne des comptes appartenant à deux avocats genevois.
Dans cette commission rogatoire figurent également les noms d’une dizaine de personnes. Parmi lesquelles, Jean-Christophe Mitterrand. Le fils aîné de l’ancien président français est inculpé depuis décembre 2000 pour avoir perçu de l’argent d’un marchand d’armes, Pierre Falcone.
Entre Genève et Lausanne
Les juges français pensent qu’une partie de l’argent provenant de vente d’armes à l’Angola, pays en guerre, en 1993 et 1994, a pu transiter par trois comptes ouverts dans deux banques mauriciennes, BNPI Maurice et la Barclays. Il s’agit des comptes Hillcrest Enterprises Limited, Argand Troller et Associés et Kamen Troller.
Les deux derniers appartiennent à des avocats suisses. Kamen Troller a effectivement aidé Pierre Falcone à s’installer en Suisse, en créant pour lui la société Montaigne Financial Services en 1997, d’abord domiciliée à Genève, puis à Lausanne. Son fils, Alexander Troller, est l’avocat du marchand d’armes.
«La société créée en Suisse n’a jamais servi à gérer la fortune de monsieur Falcone, elle est d’ailleurs en liquidation depuis l’année dernière», souligne Alexander Troller. Quant aux comptes à l’île Maurice, ils ne serviraient qu’à recevoir des honoraires d’avocats. Kamen Troller possède une étude dans cette île de l’océan Indien.
Attirer de riches clients
«Je suis l’avocat de Pierre Falcone, pas son intermédiaire financier ni son gestionnaire de fortune», précise encore Alexander Troller. Cette commission rogatoire est un test pour Maurice, qui se positionne de plus en plus comme paradis fiscal.
D’une part, le gouvernement (de centre gauche) souhaite développer «un offshore propre» et «éviter de porter préjudice à la réputation de ce secteur».
Mais d’un autre côté, comment attirer de riches clients qui souhaitent avant tout la discrétion? Beaucoup d’autres concurrents, dans la Caraïbe, l’océan Indien ou le Pacifique, ne répondent jamais aux commissions rogatoires adressées par des juges curieux.
Durant la séance du 22 août devant la Cour suprême, les magistrats français vont réclamer l’intégralité des relevés des trois comptes, ainsi que la possibilité de les bloquer.
Ian Hamel
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