La Suisse demande l’aide de la justice belge
Plusieurs aspects de l'accident au Gothard restent encore inexpliqués. La justice belge a été saisie d'une demande d'assistance judiciaire.
C’est le procureur tessinois Antonio Perugini qui l’a annoncé mardi à Bellinzone. Le Ministère public tessinois vient en effet d’envoyer une commission rogatoire à Bruxelles.
Il désire obtenir des renseignements sur la Gül Trans, l’entreprise belge qui employait, au noir, le chauffeur turc qui serait responsable de la collision frontale du 24 octobre dernier.
«La collaboration avec les autorités belges est excellente», a souligné Me Perugini lors d’une conférence de presse organisée dans le chef-lieu tessinois. «Mais nous ne savons pas quand nous obtiendrons les informations demandées.»
Traces d’alcool
En fait, selon la justice belge, la Gül Trans qui sous-louait à une autre entreprise, la Super Line Cargo, le camion conduit par le chauffeur turc, n’aurait pas été en possession d’une licence de transporteur. Pire, elle occupait au noir Aslam Seyft, 45 ans, le Turc mort dans l’accident.
Père de quatre enfants, musulman résidant en Turquie, Aslam Seyft serait à l’origine de la collision qui a déclenché l’enfer sous le Gothard. C’est bien son camion, a précisé Antonio Perugini, qui s’est déporté sur la voie opposée, en direction du nord.
Il est ainsi entré en collision frontale avec un poids lourd italien qui circulait vers le sud. Le corps du conducteur turc a été retrouvé à une centaine de mètres du véhicule.
Or, selon le médecin légiste Pierangelo Lucchini, des traces d’alcool non négligeables ont été décelées dans le cadavre: «la quantité est trop importante pour qu’il s’agisse uniquement d’alcool éthylique produit naturellement lors de la décomposition du corps», a précisé le médecin.
Ceci dit, le procureur tessinois n’a pas voulu entrer dans les détails sur le déroulement exact de l’accident ni sur l’origine et les conséquences de l’incendie qui a ravagé le tunnel sur quelque 250 mètres. Les conclusions des deux groupes d’experts internationaux, présents mardi à Bellinzone, ne seront pas connues avant le printemps prochain.
Bilan définitif: onze victimes
Ce n’est que lundi que la «zone rouge» du tunnel, celle de la collision, a été totalement évacuée. Les travaux de réparation proprement dits pourront donc débuter.
L’expert français François Pinchon, du groupe qui enquête sur l’incendie, a précisé que «le tunnel a bien résisté à la violence du feu». Mais, pour l’ingénieur cantonal Carlo Mariotta, il est difficile que le tunnel rouvre avant Noël, comme l’espère le conseiller d’Etat tessinois Marco Borradori.
La catastrophe du Gothard a donc fait onze victimes, soit dix hommes et une femme. Il s’agit d’un Suisse, de quatre Allemands, de deux Français, d’un Italien, d’un Paraguayen et de deux Turcs. Huit personnes ont été hospitalisées et onze ont reçu des soins sur place.
Selon le médecin légiste, toutes les victimes sont mortes par intoxication d’oxyde de carbone. Pourtant, le corps d’un chauffeur paraguayen résidant en Italie a été retrouvé carbonisé à l’intérieur de son camion.
Plus aucune disparition
En fait, dans la tentative de récupérer ses documents et son argent, l’homme était remonté sur son engin au moment où l’un des deux camions impliqués dans la collision explosait. La cause première de son décès reste toutefois l’intoxication.
Selon le procureur Perugini, plus personne n’est porté disparu. Au lendemain de l’accident, plus de 200 avis de disparition avaient été lancés à la police tessinoise.
Au-delà des conséquences économiques néfastes pour le Tessin, la catastrophe du Gothard a relancé le débat sur la sécurité à l’intérieur des tunnels routiers. Le système de ventilation et d’aération du tube sera amélioré avant que les poids lourds puissent à nouveau l’emprunter.
Gemma d’Urso, Bellinzone
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