La Suisse et Monaco luttent ensemble contre le blanchiment
Monte-Carlo sert souvent de refuge aux mafieux de l'Europe méridionale. D'où l'importance de l'accord signé entre la Confédération et la principauté.
Le rapprochement entre les deux pays ressemble incontestablement à un coup médiatique. Montrés du doigt, notamment par les deux députés français, Vincent Peillon et Arnaud Montebourg, la Suisse et Monaco entendent prouver qu’elles renforcent leurs actions en matière de lutte contre le blanchiment d’argent.
Territoire minuscule donnant sur la Méditerranée, la principauté ne s’est jamais montrée très regardante vis-à-vis des grandes fortunes qui s’y établissent.
Mouvements de fonds suspects
Lors d’un reportage, un agent immobilier racontait qu’il était fréquent d’accueillir des clients italiens, munis d’une mallette, prêts à payer en liquide 2,3 ou 5 millions de francs pour acquérir un appartement près du port de plaisance.
Il n’est pas rare que des réseaux de blanchiment d’argent utilisent alternativement la Suisse et Monaco, après avoir viré leurs fonds douteux aux Bahamas, au Liban ou à l’Ile Maurice.
Les multiples enquêtes tournant autour de Charles Pasqua, ancien ministre français de l’Intérieur, mettent à contribution les justices suisse et monégasque.
Jean-Christophe Hullin, juge d’instruction de la Principauté, a récemment inculpé Michel Tomi et Robert Feliciaggi, deux hommes d’affaires corses proches de Charles Pasqua pour «blanchiment».
Le magistrat a repéré des mouvements de fonds suspects sur les comptes des deux hommes au Crédit foncier de Monaco.
Un casino aux portes de Genève
Or, ces deux personnages ont obtenu l’autorisation d’ouvrir un casino à Annemasse, aux portes de Genève en 1994. Concession accordée par Charles Pasqua.
En 1999, Robert Feliciaggi aurait aidé l’ancien ministre de l’Intérieur à financer sa campagne pour les élections européennes. La fille de Michel Tomi, Marthe Mondoloni, figurait sur la liste conduite par l’ancien ministre.
Dorénavant, les renseignements transmis par la Principauté à la Suisse permettront au Bureau de communication en matière de blanchiment d’argent de vérifier les soupçons.
S’ils sont fondés, le Bureau de communication transmettra les informations aux autorités fédérales ou cantonales de poursuites pénales.
La Suisse a déjà signé des accords similaires de renforcement de la coopération en matière de lutte contre l’argent sale avec la Belgique et la Finlande. A quand de tels textes avec l’Italie, la Russie ou la Colombie?
Ian Hamel
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