La Suisse n’a pas fini d’aider l’Afghanistan
Bilan et perspectives de l'aide suisse en Afghanistan au menu du Forum Est-Ouest lundi à Berne. Avec un constat: la tâche sera énorme.
«Il faudra certainement vingt ans pour que ce pays revienne à la normale», annonce Toni Frisch, patron du Corps suisse d’aide en cas de catastrophe (ASC).
Après l’aide d’urgence et la reconstruction des villes, des villages et des infrastructures, après le retour des réfugiés, il s’agira en effet de faire redémarrer l’économie, d’attirer des investisseurs et de panser les plaies morales.
«Toutes ces tâches sont entreprises en même temps, mais certaines vont durer beaucoup plus longtemps que d’autres», poursuit Toni Frisch, invité lundi à Berne du Forum Est-Ouest.
Cette association vouée aux échanges, à la collaboration et à l’information avait réuni un parterre d’experts, de politiciens et de secrétaires d’ambassades des pays d’Asie centrale, directement intéressés à la situation en Afghanistan.
Vingt ans de présence
«L’aide humanitaire suisse s’oriente souvent vers les conflits oubliés, comme celui du Soudan, rappelle le chef de l’ASC. Et en Afghanistan, nous sommes présents depuis vingt ans au moins, ce qui nous donne une solide expérience du terrain.»
Au lendemain des attentats du 11 septembre, cette aide a substantiellement augmenté en prévision du conflit. De 10 millions en 2000, on sera passé à 17,5 en 2001, avec l’envoi de sept camions et de trois avions porteurs de matériel d’urgence, dont notamment 1500 tentes pour les réfugiés.
Côté personnel, les Suisses sont aujourd’hui une vingtaine en Afghanistan et dans les pays voisins, dont dix experts de l’ASC. Evacués d’urgence deux jours après les frappes terroristes sur New York et Washington, les coopérants helvétiques ont aujourd’hui pu regagner leur poste.
Ces chiffres concernent uniquement l’aide publique et ne tiennent pas compte des organisations non gouvernementales (ONG) actives sur le terrain avec du personnel ou des capitaux suisses.
«Sans l’ONU, nous ne ferions rien»
Travail de longue haleine donc que la reconstruction d’un pays ravagé par des décennies de guerre. A cet égard, Toni Frisch tient à souligner la nécessité impérative pour la Suisse de collaborer avec les agences des Nations Unies, qui coordonnent tout le travail sur le terrain.
«Sans eux, nous ne ferions rien», rappelle le patron de l’ASC. Un point de vue que partage totalement Erich Gysling, journaliste, grand connaisseur de l’Asie centrale et président du Forum Est-Ouest.
Selon lui, la Suisse aurait d’ailleurs eu les meilleures chances d’organiser à Genève la Conférence dont est sorti l’actuel gouvernement de transition de Kaboul, si elle avait été membre de l’ONU.
Mais même sans cela, la Suisse n’a, semble-t-il, pas fini de s’investir en Afghanistan. Et comme le souligne Toni Frisch, il reste aussi un travail énorme à faire dans deux domaines qui lui tiennent particulièrement à cœur: la condition des femmes et le déminage.
Marc-André Miserez
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