La Suisse ne veut pas d’une guerre contre l’Irak
Faut-il, comme le réclame George W. Bush, lancer une action militaire contre Bagdad? La Suisse, pour son baptême du feu à l'ONU, dit non.
Sa position est claire: il faut donner la priorité à l’action diplomatique et aux solutions pacifiques.
A New York, le président de la Confédération Kaspar Villiger comme le ministre des affaires étrangères Joseph Deiss ont eu l’occasion de rappeler les principes de la position helvétique.
D’abord, que la Suisse est résolument opposée à la prolifération d’armes de destruction massive et qu’elle condamne leur production et leur utilisation.
Ensuite, que pour exercer ce contrôle en Irak, l’ONU doit obtenir «d’une manière pacifique» que ses inspecteurs puissent y retourner.
«Toute action d’une autre nature, notamment l’action militaire, doit être fondée sur une légitimité qui ne peut être conférée que par le Conseil de sécurité», précise Joseph Deiss.
Cela doit également se faire «dans le respect de l’intégrité territoriale irakienne, en tenant compte de la situation régionale et des populations locales», précise-t-on aux Affaires étrangères.
La Suisse est donc opposée à une opération militaire unilatérale contre Bagdad et rejoint ainsi largement la position du Secrétaire général de l’ONU Kofi Annan.
Comment invoquer la neutralité
Ces principes sont implicitement contenus dans deux phrases du discours prononcé mardi par Kaspar Villiger au moment de l’entrée officielle de la Suisse aux Nations Unies.
«L’ONU est un instrument incontournable pour tenter de substituer le droit à la force» et la neutralité suisse «consiste, pour l’essentiel, à refuser par principe le recours à la guerre et à la violence pour résoudre les conflits».
Mais, à peine arrivée dans l’Assemblée générale, la Suisse pourra-t-elle invoquer sa neutralité si le Conseil de sécurité vient à opter pour une action militaire? Ou devra-t-elle l’accepter bon gré mal gré?
Dans une interview accordée cette semaine à notre confrère Le Temps, l’ambassadeur de Suisse à l’ONU, Jenö Staehelin, répondait partiellement à la question:
«Sans être membres de l’ONU, nous avons déjà été confrontés à une pareille problématique, notamment à propos des sanctions, et nous devons avoir une position, que nous soyons dedans ou dehors.»
Le discours de Deiss attendu
En Suisse, les milieux politiques seront attentifs vendredi au premier discours de Joseph Deiss devant l’Assemblée générale et à sa façon de gérer cette nouvelle visibilité onusienne dans un contexte de tension internationale.
Les perdants du vote sur l’adhésion de la Suisse à l’ONU ont en tout cas décidé d’épier les faits et gestes de sa délégation à New York.
Ils n’hésiteront pas à exploiter ce qui leur apparaîtrait comme un faux-pas diplomatique ou une érosion de la neutralité.
A noter qu’un sondage du quotidien zurichois «Blick» montre qu’une très large majorité des Suisses interrogés (82%) se dit opposée à toute intervention américaine en Irak sans le feu vert de l’ONU.
Cette opinion se retrouve dans un sondage international réalisé par Gallup dans une trentaine de pays: la Suisse figure parmi les opinions publiques les plus réfractaires à l’idée d’une action militaire contre Bagdad.
swissinfo/Bernard Weissbrodt
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