Le combat de Terre des Hommes contre les pédophiles
Arrêté vendredi en Éthiopie, un ancien délégué de Terre des Hommes, accusé de pédophilie, a comparu lundi devant un juge d'Addis Abeba qui l'a inculpé. Pour les responsables de l'organisation, cet acte de justice marque une victoire dans une bataille qui est loin d'être terminée.
Vendredi dernier, la Fondation Terre des Hommes, dont le siège est à Lausanne, annonçait que grâce à sa collaboration, les polices de Zambie et d’Éthiopie avaient pu procéder à l’arrestation de l’un de ses anciens employés qu’elle accusait d’actes pédophiles.
Les faits remontent à 1995, mais l’homme de nationalité britannique, entre temps licencié, avait changé d’identité. Terre des Hommes, qui avait déjà pu empêcher qu’il ne soit engagé par une ONG pakistanaise, avait fini par retrouver sa trace et en avait aussitôt informé les autorités éthiopiennes, lesquelles émirent alors un mandat d’arrêt international.
Un grand traumatisme
«Cette arrestation représente pour nous un événement important, nous dit Peter Brey, secrétaire général de Terre des Hommes. Cela illustre notre obstination, quel que soit le temps et les moyens, à mener devant la justice quiconque abuse des enfants.»
En poste depuis un peu plus d’une année, Peter Brey est bien conscient que les délits de pédophilie jadis commis par trois de ses collaborateurs en Ethiopie ont été la cause d’un grand traumatisme, pour les enfants et pour toute son organisation.
Montrée du doigt à plusieurs reprises dans la presse, Terre des Hommes avait explicitement admis sa responsabilité. Elle disait comprendre «qu’ait pu naître de ce véritable cauchemar l’impression d’une gestion lente et inefficace» et rejetait catégoriquement «l’idée que son action en faveur des enfants puisse être pervertie par des malades ou des criminels».
Réparer et prévenir les dérapages
Peter Brey entend poursuivre avec une évidente ténacité les mesures qui avaient alors été prises pour réparer et prévenir de tels dérapages. «Pour les enfants qui ont été victimes de ces actes, explique-t-il, nous avons mis en place plusieurs programmes de soutien psychologique, légal et matériel.»
Peter Brey se rend bien compte aussi que les organisations humanitaires, à l’instar des institutions scolaires et des clubs sportifs, constituent hélas des cibles potentielles pour les pédophiles et qu’il leur faut désormais faire preuve d’une extrême vigilance.
Au début de l’an dernier, Terre des Hommes avait également pris l’initiative, non seulement de renforcer les procédures de recrutement de son personnel, mais aussi, en liaison avec d’autres organisations, d’élaborer un véritable code de conduite auquel le personnel humanitaire doit désormais souscrire.
Fidélité de son public
Par ailleurs, poursuivre en justice et par-delà les frontières les auteurs de tels actes répréhensibles semble une tâche difficile et complexe, vu la diversité des législations et des moyens juridiques qui peuvent être mis en œuvre.
La Fondation Terre des Hommes redit néanmoins qu’elle veut coûte que coûte persévérer dans sa détermination, cela d’autant plus qu’elle peut compter sur la fidélité de son public. Et ce n’est pas le moindre réconfort pour Peter Brey de constater que «les gens qui nous soutiennent ont fait preuve d’une grande compréhension».
Bernard Weissbrodt
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