Le coup de gueule de Claude Frey
Le président de la Commission de politique extérieure du Conseil national sort de ses gonds. Il juge partiale l'attitude de la Suisse envers Israël.
Claude Frey n’y va pas par quatre chemins. Dans une interview publiée cette semaine par l’hebdomadaire Coopération, le député radical de Neuchâtel critique violemment les déclarations des autorités fédérales suite aux opérations de l’armée israélienne dans les Territoires palestiniens.
Le président de la Commission de politique extérieure du Conseil national qualifie d’«étonnantes», plusieurs prises de position officielle, notamment celle relative à un éventuel boycottage d’Israël par la Suisse.
Au lieu d’adopter une attitude «discrète» – condition essentielle pour toute diplomatie efficace -, Berne a fait «beaucoup de gesticulations». Certaines déclarations du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) relèvent, à ses yeux, quasiment «de l’activisme».
Inégalité de traitement
Sur le fond, Claude Frey pense que, globalement, la Suisse n’a pas été juste envers Israël. «Dire qu’il y a d’un côté Israël qui attaque, et de l’autre des actes terroristes qui sont compréhensibles, vu la situation: ça ne va pas. On doit condamner des deux côtés».
Selon lui, cette «inégalité de traitement», résultat d’un comportement «intempestif» et «déplacé», peut affaiblir la réputation d’impartialité de la Suisse.
Claude Frey se déclare néanmoins favorable à une suspension de tout commerce d’armes avec Israël. La Suisse ne vend pas d’armes à Israël mais elle lui en achète. Il est en revanche opposé à un boycottage économique de l’Etat hébreu «qui resterait superficiel et ne servirait à rien».
Le credo de Berne
Rappelons que dans ses dernières prises de position sur le conflit israélo-palestinien, le gouvernement fédéral a notamment demandé que l’armée israélienne «se retire immédiatement des Territoires palestiniens qu’elle a réoccupés».
Il a appelé Israël «à rendre au président de l’Autorité palestinienne sa liberté de mouvement afin que celui-ci puisse jouer le rôle qui lui incombe dans la désescalade de la violence dont les civils israéliens et palestiniens sont les principales victimes».
Les autorités suisses ont également condamné «dans les termes les plus fermes» – en se référant indirectement aux attentats palestiniens – «l’usage indiscriminé de la violence comme moyen d’action politique».
Ils ont, dans la foulée, mandaté le Département fédéral de la défense «d’examiner les moyens de restreindre la coopération militaire avec Israël».
Enfin le gouvernement fédéral a chargé le Département fédéral de l’économie publique d’établir si Israël respecte, dans les territoires palestiniens, l’accord de libre-échange qui le lie à la Suisse.
Des Palestiniens humiliés
Dans des déclarations publiées dans l’édition du 7 avril du journal SonntagsBlick, le chef de la Direction politique du DFAE, l’ambassadeur Blaise Godet, a pour sa part qualifié de «tout simplement inacceptable» le fait qu’Israël ait réagi aux attentats palestiniens «en violant massivement le droit international humanitaire».
Il a en outre exprimé l’avis que «la violence aveugle» dont feraient preuve les Palestiniens «ne peut se justifier». Mais qu’elle «s’expliquerait» par le fait «que des parties importantes de la population palestinienne subissent des humiliations presque quotidiennement depuis des années».
swissinfo/Michel Walter
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