Le Suisse Yeslam Binladin reste la cible des services secrets
La photo de Yeslam Binladin n'avait jamais été publiée dans la presse suisse. Elle sort cette semaine dans un hebdomadaire parisien, tandis qu'un nouveau rapport, inspiré par les services secrets, dissèque sur une dizaine de pages sa société Saudi Investment Company SICO, implantée à Genève.
Nœud papillon et smoking, Yeslam Binladin apparaît souriant dans un article du Nouvel Observateur consacré à «l’argent du premier terroriste de la planète». Installé à Genève depuis 1973, naturalisé suisse depuis mai 2001, le financier est présenté comme «l’architecte de la myriade de sociétés-écrans à travers lesquelles transitent les bénéfices du clan le plus riche d’Arabie Saoudite».
Pourtant, Yeslam Binladin, à la tête de Saudi Investment Company SICO, et demi-frère d’Osama Ben Laden, répète que sa société spécialisée dans les services financiers, comptables et administratifs n’est pas une filiale de Saudi Binladin Group, le holding familial établi en Arabie Saoudite. Dans un fax adressé le 18 septembre à swissinfo, Yeslam Binladin souligne que «ni lui ni aucun membre de sa famille n’entretient le moindre contact avec Osama Ben Laden».
Les services secrets s’intéressent à SICO
Malgré ses dénégations, le patron de SICO reste présenté par les services secrets français et américains comme un maillon majeur de la nébuleuse financière du suspect numéro un des sanglants attentats aux Etats-Unis.
Un rapport de 71 pages, rédigé en décembre 1999 et actualisé pour la dernière fois en juin 2001 par un expert international pour les enquêtes financières, consacre pas moins de deux chapitres à SICO et à «SICO structures offshore et Londres».
SICO, qui se serait d’abord appelé Cygnet, aurait créé SICO Curaçao, également présidée par Yeslam, et comptant parmi ses administrateurs Saleh Ben Laden, un oncle d’Osama Ben Laden. Puis des filiales en Grande-Bretagne, baptisées SICO London, née en 1984, et SICO UK, fondée l’année suivante.
Un rapport bourré d’inexactitudes
Ce rapport, intitulé «Environnement économique d’Osama Ben Laden», cite très longuement l’avocat genevois Baudoin Dunand, 46 ans, administrateur de SICO. Il est présenté comme un «spécialiste des montages offshore». Il aurait mis sur pied la Financière SBA à Genève, qui serait dans la ligne de mire des enquêteurs partis à l’assaut des réseaux financiers du terrorisme.
Le problème, c’est que même si ces rapports, concoctés par les services secrets, fourmillent d’inexactitudes, les personnes misent en cause peuvent très difficilement se défendre. Comment porter plainte contre la CIA ou le FBI? Un exemple: cette étude, présentée comme très sérieuse, affirme que Yeslam, 51 ans, serait l’oncle d’Osama, alors qu’il en est le demi-frère!
Ian Hamel
En conformité avec les normes du JTI
Plus: SWI swissinfo.ch certifiée par la Journalism Trust Initiative
Vous pouvez trouver un aperçu des conversations en cours avec nos journalistes ici. Rejoignez-nous !
Si vous souhaitez entamer une conversation sur un sujet abordé dans cet article ou si vous voulez signaler des erreurs factuelles, envoyez-nous un courriel à french@swissinfo.ch.