Les Diablerets, entre ‘fun’ et identité
Dans le cadre du Festival international du film alpin, deux courants semblent sinon s'opposer, en tout cas envisager deux développements différents pour l'avenir de la manifestation, qui en est à sa 32e édition. Question de générations.
Dans la petite station des Diablerets, le festival suit tranquillement son cours, avec une fréquentation plutôt honorable cette année. Pourtant, la Maison des Congrès n’est pas pleine chaque soir. Alors que les trois séances du week-end dernier faisaient salle comble: plus de 700 personnes en deux jours.
Pourquoi cette différence? Le week-end en question était consacré à des projections de films «freeride», en présence notamment de l’un des créateurs du genre, Sylvain Saudan. Des projections qui ont attiré des spectateurs «de 7 à 77 ans» selon Anne Petignat, instigatrice et organisatrice de ces journées. Mais tout de même beaucoup de jeunes, un sang neuf dont la manifestation vaudoise a besoin.
C’est la troisième fois que le sport extrême est proposé en guise de hors d’œuvre aux Diablerets, mais la première fois qu’il s’étend sur deux jours. Le succès de l’opération devrait pousser les organisateurs à s’interroger.
Un peu d’histoire
A une époque, d’aucuns reprochaient au Festival international du film alpin des Diablerets d’être une sorte de fourre-tout, de programmer tout et n’importe quoi, notamment des films strictement sportifs, sans grande exigence artistique ni intellectuelle.
Il y a quelques années, les organisateurs décidèrent de rendre la manifestation plus rigoureuse en la limitant aux films qui s’inscrivent dans trois catégories: «Identité de la vie montagnarde», «Activités sportives en montagne», et «Sauvegarde de l’environnement en montagne».
Les projections de productions strictement «fun» diminuèrent drastiquement. Et du même coup s’éclipsa un pan du public, rebuté par l’accumulation de films souvent identitaires.
Précisons encore que malgré ses 32 ans d’existence, la manifestation reste fragile, car ses organisateurs ne peuvent compter que sur un budget de 80 000 francs (subventionné notamment par la commune, l’Etat de Vaud, la Télévision suisse romande et la Loterie romande)… et l’aide de 50 bénévoles.
Deux visions
Au vu du succès remporté par les journées «freeride», on se demande pourquoi ces projections ne sont pas intégrées aux projections quotidiennes, histoire de doper un peu l’audience.
Pour le directeur, Pierre Simoni, il n’en est apparemment pas question: «Cette séparation permet à Anne Petignat de prendre des films plus âgés que ce que nous exigeons – trois ans au maximum. Ce qu’elle fait, c’est un spectacle plutôt qu’une compétition.»
Autre son de cloche auprès d’Anne Petignat: «Le but avoué c’est que d’ici quelques temps, on puisse faire partie intégrante du festival», déclare-t-elle clairement. Et d’ajouter: «Pierre Simoni ne connaît peut-être pas très bien ce genre de films, mais bon, il se rend compte qu’il y a une demande, donc il va y venir gentiment».
Alors que pendant le creux de septembre, la station des Diablerets ressemble plus à un foyer du troisième âge qu’à un haut-lieu du tourisme branché, elle gagnerait sans doute à ce que son festival projette une image un peu plus jeune.
Il s’agit peut-être même d’une question de survie. Malgré l’intérêt incontestable de certains des films projetés, le festival a besoin d’un dépoussiérage, y compris sur le plan technique.
Ainsi, si le générique qui précède les projections est réussi – belles images de synthèse, amusantes et ambitieuses, les projections elles-mêmes ont toujours lieu sur un écran pour le moins… modeste. La montagne mérite mieux, non?
Bernard Léchot
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