Les taliban jouent la montre avant la riposte américaine
Alors que les représailles américaines contre l'Afghanistan apparaissent inéluctables, le régime des taliban cherche à gagner du temps. Il multiplie les conditions à une éventuelle extradition d'Oussama ben Laden, accusé par George Bush d'avoir organisé les attentats de New York et Washington.
La décision finale doit être prise par les «oulémas», les érudits de l’Islam, que le chef suprême des talibans, le mollah Omar, a convoqués à Kaboul. La réunion, prévue lundi, a été reportée, officiellement parce que les participants n’étaient pas tous arrivés. Au total, plus de 700 chefs religieux et experts en théologie, venus de tout le pays, sont attendus pour ce conclave, prévu pour durer plusieurs jours.
Des preuves convaincantes
En réalité, l’issue de ce conclave ne fait de doute pour personne. Avant même son ouverture, des «oulémas» de Kaboul ont réaffirmé la position déjà exprimée par leur chef: ben Laden ne sera extradé que si les Américains fournissent des «preuves convaincantes» de sa culpabilité.
Mardi soir, la délégation pakistanaise, qui a tenté à Kaboul une médiation de la dernière chance, est rentrée à Islamabad. Le gouvernement pakistanais n’a pas encore officiellement rendu compte des résultats de cette mission.
Mais, selon plusieurs sources, les taliban auraient non seulement posé des conditions multiples à une éventuelle extradition de leur «ami» ben Laden, mais également réclamé leur reconnaissance internationale ainsi que la levée des sanctions appliquées à leur pays depuis l’an dernier.
Ces sanctions ont été prises à l’époque parce qu’ils refusaient de remettre ben Laden, inculpé aux Etats-Unis après les attentats d’août 1998 contre les ambassades américaines de Nairobi et Dar es-Salaam.
Manifestations anti-américaines
Il semble donc que le Pakistan ait échoué à faire «entendre raison» à ses anciens protégés. Pour le président Pervez Musharraf, la situation devient de plus en plus délicate au plan intérieur. Son soutien public aux Etats-Unis a provoqué une forte hostilité parmi une partie de la population, sensible aux thèses islamistes.
Dans plusieurs régions du pays, des appels au « Jihad » (guerre sainte) ont déjà été lancés. Mardi, plus de 5.000 islamistes ont défilé à Karachi, la capitale économique du sud du pays, aux cris de «Nous sommes des Oussama, nous sommes des talibans».
Une semaine après les attentats meurtriers de New York et Washington, qui ont fait près de 6000 morts (de 62 nationalités), les Etats-Unis attendent toujours une décision claire des taliban. Tout porte à croire qu’elle ne viendra pas.
La fin du concept «zéro mort»
En effet, Les Etats-Unis semblent décidés à agir. Ils préparent leur opinion au pire. Ainsi, le commandant suprême des forces de l’OTAN en Europe (SACEUR), le général américain Joseph Ralston, a déclaré que des pertes seront inévitables lorsque les Etats-Unis répliqueront aux attentats.
«Nous devons tous reconnaître que nous nous engageons dans une mission qui n’est pas sans risques», a déclaré mardi à Vienne le général Ralston lors d’une conférence de presse. «Il y aura des pertes. Celles-ci sont inhérentes à toute opération militaire».
«Nous ne pouvons pas envisager une opération qui ferait ‘zéro mort’. Ce n’est pas ce que nous anticipons», a-t-il ajouté. «Nous devons remplir notre mission. Nous prendrons toutes les mesures de prudence pour protéger nos gens du mieux que nous pourrons. Mais la mission doit se poursuivre et nous devons l’accomplir.»
Sur le terrain, des milliers de personnes continuent de fuir les grandes villes en direction de la province ou du Pakistan, de l’Iran et du Tadjikistan, par crainte de ces représailles américaines.
Corinne Lepetit, Islamabad
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