Pour les politiciens français, la Suisse est un refuge pour escrocs
Les clichés ont la vie dure. Au point que des avocats français conseillent encore à leurs clients de se réfugier en Suisse.
Didier Schuller, l’ancien conseiller général RPR, revenu en France après sept ans de cavale, a fait la connaissance en prison d’Alfred Sirven, l’ex-numéro deux d’Elf, en fuite pendant plusieurs années aux Philippines. Leur point commun? On leur a conseillé de se cacher en Suisse.
L’information fait les gros titres de la presse française de cette semaine. Alors que dans Le Monde, Didier Schuller accuse «les chiraquiens de l’avoir poussé à l’exil», le Canard enchaîné pose la question: «Schuller, Sirven, même circuit?».
Il est vrai que les deux hommes fréquentaient le même avocat, Francis Szpiner, un pénaliste parisien membre de la cellule de crise de l’Elysée, qui organise la défense de Jacques Chirac.
En février 1995, en pleine élection présidentielle, Francis Szpiner conseille à Didier Schuller de se réfugier en Suisse «pour faire baisser la pression».
L’ancien conseiller général RPR est alors soupçonné de réclamer des pots-de-vin aux entreprises qui obtiennent des marchés dans la région parisienne. Même scénario pour Alfred Sirven, mis en cause dans l’affaire Elf. En 1997, Francis Szpiner lui conseille de prolonger ses vacances en Suisse.
Le financement occulte des partis français
En clair, dans les plus hautes sphères du pouvoir français, la Suisse resterait un pays de «non-droit», où les personnalités en délicatesse avec la justice pourraient trouver refuge, à l’image des Bahamas ou du Paraguay.
Malheureusement Schuller et Sirven ne sont pas des cas uniques. Ainsi, André Guelfi, dit «Dédé la sardine», un personnage haut en couleur, a été mis en cause dans l’affaire Elf.
Ce Français habitait Lausanne. Il est devenu fou furieux en apprenant que la justice suisse avait bloqué ses comptes. «Je croyais que le secret bancaire me protégeait de tout», déclarait très sérieusement «Dédé la sardine», dorénavant domicilié à… Malte.
Autre exemple? Charles Marchiani, député européen et ancien préfet. Il n’avait même pas pris la peine de se dissimuler derrière des sociétés anonymes et des comptes à numéros. Ce proche de l’ancien ministre Charles Pasqua possédait des comptes à son nom à Genève, richement alimentés par de douteux donateurs.
Le quotidien Le Temps dressait jeudi tous les systèmes de financement occulte des partis français passant par la Suisse. La liste donne le tournis. Elle ne doit pas prêter à sourire.
Comment expliquer aux voyous de l’Hexagone de ne plus choisir la Confédération pour commettre leurs forfaits ou se mettre à l’abri? Malgré la sévérité du procureur genevois Bernard Bertossa, rien ne semble les dissuader.
swissinfo/Ian Hamel
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