Sécurité routière, où est passée la police?
Vitesse ou alcoolémie. En Suisse, les conducteurs n'ont pas l'impression d'être sous haute surveillance.
Vrai ou faux? La police relativise une étude de l’Office fédéral de la statistique (OFS).
L’enquête téléphonique a été menée auprès d’un échantillon représentatif de 6000 ménages.
Il en ressort que 64% des conducteurs n’ont jamais subi de contrôle de vitesse (avec poste de contrôle) depuis qu’ils conduisent. Pour l’année 2000, ils seraient même… 93%.
En ce qui concerne les contrôles par alcootest, les pourcentages sont encore plus élevés (87% et 98%).
Selon cette même étude de l’OFS, les usagers de la route considèrent qu’ils ont peu de chance d’être contrôlés un jour par la police.
56% des personnes interrogées estiment rare sinon nulle la probabilité de faire l’objet d’un contrôle de vitesse et 77% celle de souffler dans le ballon.
Une perception subjective
Alors que fait et où est la police? Pour Roland Erard, en la matière, la perception des conducteurs est subjective.
«Seuls ceux qui sont verbalisés se rendent compte qu’ils sont tombés dans un contrôle de vitesse. Les autres ne s’en aperçoivent même pas», affirme le sergent-major de la police jurassienne .
«Or, précise Roland Erard, 10% seulement des conducteurs sont en excès de vitesse.»
Michel Limat partage cette analyse. Le porte-parole de la police fribourgeoise ajoute que les contrôles de vitesse sont même de plus en plus nombreux.
Pas de contrôle systématique
Quant aux contrôles d’alcoolémie, ils passent encore plus inaperçus. En effet, en Suisse, la loi ne permet pas de pratiquer des contrôles systématiques.
Les agents ne peuvent pas, comme en France, se poster à la sortie d’un bar et faire souffler tout le monde dans le ballon.
Les policiers suisses ne peuvent pratiquer l’alcootest que si le conducteur présente des indices d’ébriété, par exemple en zigzaguant.
Dans ces conditions, ils n’y a donc guère que les personnes paraissant ivres qui sont parfois contrôlées. Il est logique que toutes les autres aient l’impression que les contrôles ne sont pas fréquents.
Des sanctions toujours plus sévères
Par ailleurs, l’analyse des condamnations inscrites au casier judiciaire montre que les condamnations sont toujours plus lourdes.
Pour preuve, de 1990 à 1999, les condamnations sanctionnées par la prison sont passées de 64% à 73%.
Et, durant cette même période, la durée d’une peine de prison avec sursis est passée de 16 à 22 jours et celle des peines sans sursis de 35 à 51 jours.
Pour autant, le nombre de récidives n’a pas baissé. La part de conducteurs condamnés dans les cinq années suivant leur premier délit est resté stable à 15%.
Une solution à long terme
Ce résultat n’étonne pas vraiment Catherine Strasser, porte-parole romande du Bureau suisse de prévention des accidents (BPA).
«Lorsque les sanctions deviennent plus lourdes, constate-t-elle, les conducteurs font attention un certain temps, puis ils oublient…»
Il ne s’agit donc que d’une solution à court terme. A plus long terme, il faut donc continuer les campagnes de sensibilisation.
En d’autres termes, il faut faire prendre conscience aux conducteurs fautifs qu’ils mettent leur vie et celle des autres en péril.
Pour un contrôle systématique
Pour autant, la prévention ne doit pas complètement remplacer la peur du gendarme.
Le BPA est d’ailleurs favorable à l’introduction d’un contrôle systématique de l’alcoolémie.
Cette proposition sera d’ailleurs discutée lors de la session d’automne des Chambres fédérales, en même temps que le projet de baisse du taux d’alcoolémie de 0,8 à 0,5 pour mille.
swissinfo/Olivier Pauchard
En 2001, plus de 60 000 permis ont été retires en Suisse, dont 30 000 pour excès de vitesse
En 2001, la route a fait 30 704 victimes, dont 544 tués
La somme totale des amendes payées en Suisse en l’an 2000 est estimée à 280 millions de francs
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