Stève Ravussin, le dernier Suisse de la Route du Rhum
Stève Ravussin est le dernier concurrent suisse en mesure de rallier Pointe-à-Pitre. Mieux, il caracole en tête dans la catégorie des multicoques 60 pieds.
Nicolas Petreiquin, Dominique Wavre et Yvan Bourgnon, eux, ont été contraints d’abandonner.
La septième édition de la Route du Rhum, la transatlantique en solitaire à la voile, s’annonçait exceptionnelle. Or, depuis le départ dimanche de Saint-Malo, les chavirages et les abandons se succèdent. Une véritable hécatombe.
«Une mer calme n’a jamais fait un bon marin», dit le proverbe anglais. Peut-être. Mais les conditions météorologiques exécrables rencontrées par les navigateurs depuis leur départ gâchent la compétition.
La tempête, les vents de plus de 130 km/h et les creux de plus de cinq mètres ont déjà été fatales à de trop nombreux concurrents. Les avaries se multiplient, les abandons s’enchaînent.
Après seulement six heures de course, Frank Cammas se retrouvait déjà la tête à l’envers.
La technologie aussi en cause
La faute au gros temps seulement? Le matériel utilisé pour la construction des bateaux, notamment une fibre de carbone nouvelle génération dénommée «M55», est également mis en cause par quelques constructeurs de ces Formules 1 des mers.
A force de vouloir rendre les monocoques et les multicoques aussi rapides et légers que possible, les avancées technologiques sont favorisées au détriment de la sécurité des marins. Surtout dans une compétition en solitaire.
Dans le doute après un carambolage évité de justesse avec le bateau accidenté de Franck Cammas, le skipper Bertrand Broc a ainsi décidé de jeter l’éponge de son propre gré. Avant que ce ne soit trop tard.
Le bateau qu’il possédait lors du Rhum 1990 avait un mât de 23 m, a-t-il confié en substance au journal L’Equipe. Avant d’ajouter qu’aujourd’hui ils faisaient 28,5 m. Même chose pour les voiles qui sont passées de 120 m2 à 200 m2.
«Moi, je préfère m’amuser en équipage, expliquait-il. En solo on ne peut même plus se faire à manger.»
Les courses en solitaire demandent en effet une vigilance de tous les instants de la part des skippers. Ceux-ci doivent presque être en permanence sur le pont, prêts à effectuer les manœuvres pour ne pas chavirer.
Car les enjeux sont énormes. Au-delà de l’aspect purement sportif, de grands sponsors ont misé – parfois très gros – sur les performances des marins et de leurs bateaux.
Les Suisses aussi dans la tourmente
Dans cette tourmente, les skippers suisses engagés ont également connu leur lot de soucis.
Tout d’abord le jeune Vaudois de 21 ans, Nicolas Petreiquin, n’a finalement pas pu prendre le départ. A cause d’un budget déficitaire et de problèmes d’assurance de son bateau.
Puis ce fut au tour du Franco-Suisse Yvan Bourgnon de connaître des problèmes et de chavirer au large des côtes espagnoles. Un peu plus tard la série noire se poursuivait avec Dominique Wavre.
En quatrième position au moment où le foc de son voilier rendait l’âme, le Genevois devait se résigner à signaler le premier abandon de sa carrière.
Sa première expérience sur la Route du Rhum virait au cauchemar. «J’ai pris le départ de cette course avec des ambitions, rageait-il. Continuer sans une voile aussi indispensable anéantirait tous mes espoirs de finir dans le paquet.»
Vainqueur de la Route du Rhum sur un trimaran de 40 pieds en 1998, Stève Ravussin reste ainsi le dernier Suisse à pouvoir espérer rallier la Guadeloupe.
Le Vaudois, qui a aussi déjà failli se retourner à plusieurs reprises, espère encore passer entre les rafales de vent et s’imposer avec TechnoMarine dans la catégorie des multicoques 60 pieds.
D’ailleurs, vendredi, en tête de la course, Stève Ravussin a devancé le Français Marc Guillemot, qui effectue une escale technique aux Açores.
swissinfo/Mathias Froidevaux
-La 7e édition de la Route du Rhum a débuté dimanche à Saint-Malo avec pour but de rejoindre Pointe-à-Pitre
-Après seulement cinq jours de course, les concurrents jettent l’éponge les uns après les autres
-En cause: des vents violents, une mer déchaînées et une fibre de carbone nouvelle génération utilisée dans la construction des bateaux
-Sur les quatre Suisses au départ, trois ont déjà dû abandonner.
-Vainqueur lors de la dernière édition dans la catégorie trimaran 40 pieds, le Vaudois Stève Ravussin vise encore la victoire dans la catégorie multicoque
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