Zermatt redémarre avec de gros projets pour l’après-Covid

Le Petit-Cervin avec l’embranchement vers l’Italie au premier plan. Zermatt Bergbahnen AG

Trois mois d’arrêt et une crevasse dans les comptes plus tard, les remontées mécaniques de Zermatt attendent les touristes au pied du Cervin. De nouvelles liaisons avec l’Italie doivent en faire le deuxième plus long domaine skiable au monde.

Olivier Grivat, Zermatt

«Avec 10'000 touristes, la station était bondée, les conditions de neige excellentes et Pâques s’annonçait sous les meilleurs auspices. D’un jour à l’autre, tout s’est arrêté. Le vendredi 13 mars est à marquer d’une pierre noire», commente Markus Hasler, le directeur général des remontées mécaniques Zermatt Bergbahnen (ZBAG).

Ce Romanche, mathématicien de formation et ancien député au Grand Conseil grison, n’est pas près d’oublier le chaos qui a frappé à la suite de l’annonce du conseiller fédéral Alain Berset en conférence de presse. Malheureusement pas communiquée aux intéressés, coincés entre les informations contradictoires de Berne et de Sion: «Une crise de communication», regrette le patron des Zermatt Bergbahnen. «Il aurait été préférable d’avoir le week-end pour organiser une fermeture et ainsi prévenir nos hôtes. C’est le vendredi à 18h30 que l’ordre de fermeture immédiate est finalement venu de Sion.»

Le chômage technique, lui, est survenu au bout de trois jours, suivi de dix jours de chômage total pour voir si le coronavirus avait frappé. Quatre cas ont été dénombrés sur les 330 employés -caissières, techniciens, pisteurs, etc. «Heureusement, il s’est avéré que le Covid ne provenait pas de l’exploitation», relève Markus Hasler. «Pour la toute première fois de leur existence, les installations étaient à l’arrêt. On a profité de faire la maintenance avec deux groupes de techniciens en alternance une semaine sur deux.»

Trou de 20% dans la caisse

Par rapport à 2019, la perte financière est de l’ordre de 11 millions de francs sur un total de 76 millions. Mais il y a aussi un important manque à gagner: le record de 80 millions était dans la cible, calcule le directeur. Une baisse de 20 à 30% est envisagée pour l’année 2020. «Le 6 juin, les installations ont pu reprendre du service, mais le mauvais temps et l’absence des touristes étrangers (réd : 40 à 50% de la clientèle) n’ont pas aidé à la reprise des affaires. Aucun licenciement n’a été décrété et le personnel a été payé à 100% durant le chômage technique jusqu’à fin juillet.»

Les détenteurs d’abonnements de ski journaliers ne seront pas remboursés, mais les cartes de plusieurs jours achetées en ligne seront prolongées la prochaine saison. Les abonnements saisonniers ou annuels bénéficient d’un rabais de 10%: «Il s’agit de favoriser les clients résidant à l’hôtel et en appartements de vacances», précise le CEO.

Nouvelles liaisons avec le Piémont

Traverser les Alpes les pieds au sec, de l’Italie à Zermatt, sera bientôt possible avec la nouvelle liaison entre le Petit-Cervin et  Plateau Rosa/Testa Grigia, au sommet du glacier du Théodule. Dès novembre 2021 ou Pâques 2022, le touriste pourra relier Zermatt au Petit-Cervin, à 3883 mètres, puis jusqu’à Cervinia, sur le versant italien du Cervin juste en changeant de benne.

A Zermatt, les commerçants se frottent les mains. Avant la pandémie, les Asiatiques représentaient 12% de la clientèle. La nouvelle liaison pourrait attirer les touristes qui ne skient pas, notamment les Asiatiques qui préféraient jusque-là se rendre directement à Chamonix depuis Rome, Milan ou Venise.

Inauguré en 2018, le premier tronçon Zermatt-Petit-Cervin a coûté 65 millions. Le second tronçon, sans pylône intermédiaire, coûtera 60 millions et sans financement italien: «Leur seule contrepartie implique le prolongement du domaine skiable du Mont-Rose jusqu’au village d’Alagna-Valsesia. Mais deux tronçons sont à construire dans le Piémont».

Le Petit-Cervin. Zermatt Bergbahnen AG

L’un des plus longs domaines skiables au monde

Les tractations se sont déroulées en français, langue historique du Val d’Aoste. Les Italiens ont assuré que les travaux du ressort de la région autonome du Val d’Aoste seront intégrés dans le plan de financement 2022. Une aide de Bruxelles destinée au développement touristique international viendrait à la rescousse. 

Ce prolongement en fera le deuxième plus long domaine skiable au monde, avec 540 kilomètres de pistes. C’est là que pourrait être organisée en novembre 2022 la plus grande course de descente au monde, à travers la frontière Suisse-Italie: 5 kilomètres de long et 1000 mètres de dénivellation du Petit-Cervin jusqu’au lac Cime Bianchi.

Financièrement, ces nouvelles installations ne creusent pas la dette: elles sont financées par un leasing auprès de la Raiffeisen. Seules les stations de départ et d’arrivée ainsi que les fondations des pylônes seront financées par les ZBAG. L’amortissement s’effectue sur 12 ans pour une durée de vie de 30 à 40 ans. Une mine d’or blanc à l’ombre de la montagne magique.

Nouvelle télécabine de la Kumme    

Les plans de l'été 2020 comprennent les travaux de la nouvelle télécabine de Kumme. Ce sera la première en Suisse à transporter des passagers sans accompagnateur à la gare. De construction autrichienne, elle devrait entrer en service en décembre prochain avec 56 cabines de dix places (1500 passagers par heure) sur les 3,2 kilomètres de Tufternkehr à l'Unterrothorn via une nouvelle station intermédiaire à Wyss Gufer. Coût de l’opération: 28 millions auxquels s’ajoutent les canons à neige pour 4,5 millions. Autre projet, pour 2023, celui d’une nouvelle télécabine au Stockhorn: «On n’a jamais fini», commente Markus Hasler.

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La future télécabine à 10 places de la Kumme qui doit s’ouvrir cet automne. Zermatt Bergbahnen AG


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