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Quand Tinguely & Co font «vrrrrrraoum»


Par Bernard Léchot, Bâle


Le 'Safari de la mort moscovite' de Jean Tinguely, en 1989. (swissinfo.ch)

Le 'Safari de la mort moscovite' de Jean Tinguely, en 1989.

(swissinfo.ch)

Comment les artistes du 20ème siècle ont-ils appréhendé cet objet technologique et identitaire à la fois qu’on appelle «automobile»? Le Museum Tinguely à Bâle propose une réponse multiple et riche à travers l’exposition «Voiture Fétiche. Je conduis, donc je suis».

Dans le parc herborisé du musée, des dizaines de voitures plutôt banales braquent leurs gros yeux vers la façade du Musée, partiellement recouverte par un écran blanc.

 

Si l’architecture y perd (le bâtiment est signé Mario Botta), les nuits bâloises y gagnent: jusqu’au 9 septembre, le parc se transforme le soir en étonnant cinéma drive-in - étonnant, dans la mesure où vous n’avez pas à ‘driver’: les voitures vous y attendent.

 

Il est vrai que le thème de la voiture a été largement exploité au cinéma, et qu’on a tous moult images en tête: Bullitt, Thelma et Louise, Duel, les Blues Brothers, Lost Highway…

 

Dans les beaux-arts, le sujet peut paraît moins évident. Pensez-vous spontanément à des œuvres dédiées à l’automobile? Pourtant elles sont nombreuses. Et pour cause: «L’automobile est le bien le plus important pour la civilisation du XXe siècle», assure la présentation de l’exposition, non sans une certaine provocation en ces temps d’assertions écologiquement correctes.

«Elle reflète l’évolution culturelle et sociale, et pas uniquement dans le monde occidental. Outil technique de déplacement, elle correspond dans l’interaction homme-machine, à l’interaction la plus poussée. Mais elle est porteuse de significations, espace individualisé, vecteur de petites fugues et de grandes évasions; elle permet de prendre ses distances et de définir son image personnelle», peut-on lire.

Vitesse et arrêt

Au rez-de-chaussée, le vaste hall donne le ton. Sur votre gauche, des dizaines de personnages dans l’habitacle de leur voiture vous regardent. Leur visage est net comme s’ils avaient posé. Et pourtant, ils ont été saisi alors qu’ils roulaient entre 50 et 70 miles à l’heure sur des freeways américaines. Ce sont les Vector Portraits signés Andrew Bush. La photographie donne l’illusion de l’arrêt.

A côté, avec la Renault 25 de l’Autrichien Erwin Wurm, c’est la réalité qui donne l’illusion du mouvement.  Devant vous, la vision d’une voiture en pleine vitesse. Mais la Renault 25 est immobile. L’artiste a modifié une vraie voiture pour lui donner l’expressivité qu’aurait pu lui conférer une image – photo ou bande dessinée. Saisissant.

La réflexion sur la vitesse, on la retrouve dans deux des salles qui s’articulent en cercle - en roue, devrait-on dire – autour de la VW Coccinelle démontée (Cosmic Thing) du Mexicain Damian Ortega. A travers les peintures des «Futuristes», les Italiens, Giacoma Balla et Luigi Russolo, qui, au début du 20ème siècle, tentèrent de représenter picturalement la vitesse de l’automobile, cette nouvelle venue sur la planète Terre.

Ou dans la salle baptisée «vitesse», qui rassemble plusieurs œuvre photographiques donnant corps au mouvement, de la célèbre photo de Jim Clarke au volant de sa Lotus verte à l’Automobile Delage du Français  Jacques Henri Lartigue.

Une salle est également consacrée à l’exact contraire de la vitesse, voire à sa conséquence: «Accident» nous propose la vidéo d’un happening de Roman Signer, des images de Brassaï ou de Robert Frank, et celle de cet anonyme qui immortalisa la Porsche Spyder anéantie de James Dean le rebelle.

Fétichisme

A travers la douzaine de salles qu’on visite comme autant d’alcôves, on passe par des catégories artistiques (le Futurisme, mais aussi le PopArt américain, le Pop Art européen et le Nouveau réalisme), mais aussi par des sections thématiques, et notamment la notion de fétiche, annoncé dans le titre de l’exposition.

Sans surprise, puisque traditionnellement associée à la consommation, la voiture est «marchandise fétiche», avec notamment une vidéo montrant l’implantation en 1974 du fameux Cadillac Ranch – dix Cadillac plantées dans un champ texan près de la Route 66 – par le collectif d’artistes Ant Farm. Ou les images d’effrayants amoncellements de pneus du Canadien Edward Burtynsky (Oxford Tire Pile).

La voiture est aussi, bien sûr, «fétiche sexuel», que ce soit à travers le volant SM de Bruno Rousseaud (Dix heures dix), le lavage rituel d’une voiture dans une vidéo de la Suissesse Sylvie Fleury (Car Wash),  ou les poses très chaudes de l’Américaine Liz Cohen qui ne sont pas sans évoquer la plantureuse tradition du calendrier Pirelli.

Plus inattendu peut-être, la voiture «fétiche religieux». Ainsi le cercueil de bois signé par le Ghanéen Kudjoe Affutu, un cercueil en forme de Hummer, le film du collectif danois Superflex illustrant le long autodafé d’une Mercedes argentée (Burning Car) ou les clous ayant servi à crucifier le performer américain Chris Burden à une… VW Coccinelle (Trans-Fixed)!

Tinguely, l’alpha et l’oméga

Pourquoi une exposition consacrée à la voiture au Musée Tinguely? Le sculpteur fribourgeois, ami du pilote de Formule-1 Jo Siffert, était un fou de bagnoles. Cinq installations monumentales le rappellent, qui mêlent le métal et l’os, le silence et le bruit, le mouvement et l’arrêt, la vie et la mort.

Depuis Pit-Stop (1984), évoquant l’arrêt du bolide au stand, jusqu’au Safari de la mort moscovite (1989), voiture-squelette, monstre mort aux yeux-phares grand ouverts. En passant par une étonnante association, celle de la Lotus verte de Jim Clarke citée plus haut, mais la vraie cette fois-ci, que Jean Tinguely avait racheté, avec les Cinq veuves d’Eva Aeppli. Une ‘association’ que Tinguely avait installé dans la chambre à coucher de sa maison de Neyruz après la mort de Jo Siffert…

Ou quand l’idée de la voiture est soudain à mille lieues de la futilité égocentrique et polluante à laquelle d’aucuns la confinent.

L’exposition

Voiture Fétiche. Je conduis, donc je suis, à voir jusqu’au 9 octobre 2011.

Horaires: Du mardi au dimanche 11 – 18 h (Fermé le lundi).

Adresse: Musée Tinguely, Paul Sacher-Anlage 2, Bâle.

Œuvres. Environ 160 œuvres de plus de 80 artistes sont présentées.

Catalogue: La monographie (en allemand et anglais) de 364 pages propose denombreuses contributions relevant aussi bien de l’histoire de l’art que de la sociologie et de la psychologie.

Musée Tinguely

1996. Le musée a été inauguré en octobre 1996.

Botta. Le bâtiment a été créé et réalisé par l‘architecte Mario Botta.

Tinguely. L’exposition permanente montre les œuvres de l‘artiste de ses débuts dans les années cinquante jusqu’aux sculptures géantes de sa dernière période.

Jean Tinguely

Fribourg. Sculpteur et peintre né à Fribourg en 1925. En 1940, il commence son apprentissage de la peinture à l’Ecole des Arts appliqués de Bâle.
 
Paris. Il s’installe à Paris en 1953 et travaille avec un artiste suisse Daniel Spoerri, dans l’atelier de Jean Lurçat. A partir de matériaux de récupération, il crée des sculptures qu’il anime avec des moteurs. Sa première exposition solo se déroule en 1954 à la galerie parisienne Arnaud.
 
Niki. En 1955, il participe à des expositions collectives, puis à l’exposition Le mouvement organisée par la Galerie Denise René, à Paris. En 1956, il fait la connaissance de Niki de Saint-Phalle, artiste française qui deviendra sa collaboratrice et sa femme.
 
Nouveau réalisme. En 1960, Jean Tinguely signe avec Yves Klein, Arman et Raymond Hains, entre autres, la déclaration constitutive du Nouveau Réalisme. Commence alors son ascension fulgurante qui fera de lui l’un des plus grands artistes suisses du XXe siècle.

Œuvres totales. De plus en plus ses sculptures en mouvement évolueront vers des sortes d'œuvres d'art totales, sollicitant la vue, l'ouïe, le toucher…

Décès. Il meurt à Berne, en 1991.

swissinfo.ch



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