«Adieu, merci la Suisse»: La solitude, défi numéro un des nomades numériques
Travailler tout en parcourant le monde: une liberté qui séduit. Mais derrière l'image de carte postale se cache une réalité parfois moins idyllique, faite de démarches administratives, de défis professionnels et parfois de solitude. Comment transformer le rêve en un mode de vie durable? Dans ce nouvel épisode d'«Adieu, merci la Suisse», une experte et une Suissesse de l'étranger partagent leurs expériences.
Travailler depuis une chaise longue, l’océan face à soi, un ordinateur portable installé sur les genoux, loin des trains bondés et des bureaux tout gris… Sur Instagram, le mode de vie de nomade numérique fait rêver. «J’avais envie d’être libre. Et la liberté, ça passait également par le fait de pouvoir travailler depuis où je le souhaitais», raconte Céline Perret, qui partage cette expérience avec son mari.
La Suissesse vit depuis plusieurs années de sa passion pour la vie bohème. Elle a notamment créé une marque de bijoux, une entreprise de décors pour événements ainsi qu’un média consacré à cet univers.
Une image idéalisée?
Fanny Caloz est à la tête de l’entreprise Escape Coliving, qui propose des espaces combinant logement et lieu de travail, notamment pour les personnes voyageant seules. Elle-même nomade numérique, elle n’échangerait ce mode de vie pour rien au monde. Mais il ne convient pas à tout le monde et nécessite une certaine préparation, prévient-elle.
«Les photos où l’on voit une personne travailler sur son ordinateur depuis une plage en Thaïlande, avec un cocktail et un chapeau, ça n’existe pas. Si vous avez déjà essayé de travailler sur votre ordinateur sous le soleil, vous savez qu’il fait trop chaud et qu’on ne voit pas l’écran.» Derrière la carte postale, la réalité finit aussi par rattraper les voyageurs et voyageuses : moustiques, maladies ou intoxications alimentaires font partie de l’expérience.
>> Visionnez l’épisode entier:
0:00 Le rêve nomade et ses coulisses
5:00 Quitter son emploi et se lancer
10:15 Préparer son départ
14:30 Destinations, sécurité et visas
19:25 Se loger : entre Airbnb et house-sitting
23:00 Impôts, assurances et banques
26:45 Formation continue et réseaux pros
29:15 Playlist «Mal du pays»
33:05 Quand le couple bat de l’aile
36:55 Routine de travail et solitude
40:25 Clichés Instagram et derniers conseils
«Pour Céline Perret et son mari, l’expérience n’a pas non plus été toute rose. Partis pour vivre ce qui devait être «l’aventure de leur vie», ils ont traversé une période difficile lorsque ce dernier, devenu indépendant, a perdu ses repères: collègues, structure professionnelle, salaire régulier et environnement linguistique familier. «Je l’ai vu sombrer. Ça a été la plus grosse crise de notre histoire», raconte-t-elle.
Aujourd’hui, le couple a retrouvé un équilibre. Plutôt que de voyager constamment, il partage son temps entre la Suisse et Lanzarote. Le mari de Céline Perret a retrouvé un cadre professionnel, des horaires fixes et des collègues avec lesquels il échange quotidiennement.
Tous les nomades ne travaillent d’ailleurs pas de la même manière. «Dans mes colivings, je vois beaucoup de gens qui profitent de ne pas avoir d’horaire pour intercaler des pauses récréatives, comme du ski, entre leurs phases de travail.»
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Le nomadisme numérique n’est pas non plus réservé aux jeunes adultes. Fanny Caloz dit rencontrer des personnes de plus de 60 ans, parfois retraitées, mais aussi des familles avec enfants.
La solitude, principal défi
Au-delà des questions pratiques, l’un des principaux défis du nomadisme numérique reste humain. «La solitude, c’est le problème numéro un de tout nomade numérique, toutes nationalités confondues», affirme Fanny Caloz. Lorsqu’on arrive dans un pays où l’on ne connaît personne, une question devient centrale: comment créer des amitiés et construire un réseau?
Pour rompre l’isolement, l’entrepreneuse recommande aux débutants de privilégier les destinations qui accueillent de nombreux nomades numériques, comme Lisbonne ou les Canaries, ou de séjourner dans des colivings. Les groupes de nomades sur les réseaux sociaux permettent également de nouer des contacts. «J’ai connu mes meilleurs amis en Thaïlande, puis je les ai retrouvés un an plus tard à Budapest et six mois plus tard à Las Palmas.»
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Il existe aussi des séjours à «formules» spécialement conçus pour les nomades numériques, réunissant logement, activités et communauté.
Ne pas négliger l’administratif
Avant de partir, les questions fiscales et administratives doivent être anticipées. Fanny Caloz recommande, lorsque c’est possible, de conserver son domicile en Suisse afin de maintenir une adresse et ses liens avec le système social suisse. Elle rappelle toutefois que les règles fiscales varient selon les pays: un séjour prolongé à l’étranger peut entraîner un changement de résidence fiscale.
Depuis la pandémie de Covid-19, une soixantaine de pays ont par ailleurs introduit des visas destinés aux nomades numériques. Pour les séjours de plusieurs mois, Fanny Caloz recommande également de souscrire, a minima, une assurance voyage adaptée.
Pas besoin d’aller à Bali
Pour devenir nomade numérique, nul besoin de partir à l’autre bout du monde, souligne Fanny Caloz. «Pas besoin de s’envoler pour Bali ou la Thaïlande. On peut aller à Estavayer-le-Lac, au Tessin ou en Suisse allemande.»
Le choix d’une destination ne se résume pas au coup de cœur. Outre l’ambiance, le climat et la langue, Céline Perret recommande de tenir compte de la sécurité, de la qualité du Wi-Fi, du coût de la vie et des fuseaux horaires. Ce dernier critère est particulièrement important lorsqu’on travaille avec des collègues ou des clients basés en Suisse.
Côté finances, les néobanques permettent notamment de détenir des comptes dans des monnaies étrangères et, ainsi, de ne pas subir le taux de change avec la Suisse.
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Voyager moins, mais mieux
L’une des erreurs les plus fréquentes consiste à vouloir profiter de sa liberté pour voyager constamment. On se dit: «J’ai la flexibilité nécessaire et vais bouger de pays en pays ou de ville en ville» Mais ce rythme peut rapidement devenir une importante source de stress car chaque nouvelle destination exige un temps d’adaptation. Pour Fanny Caloz, mieux vaut donc ralentir et rester suffisamment longtemps au même endroit: elle recommande au minimum un mois sur place.
Enfin, avant même de réfléchir au Wi-Fi ou à la prochaine destination, un détail très concret mérite d’être vérifié: la validité du passeport, qui devrait être valable au moins encore six mois, afin d’éviter de devoir gérer son renouvellement depuis l’étranger.
>> Quelles chansons vous font penser à la Suisse? Nous réunissons les morceaux que vous et nos hôtes associez à la Suisse et les ajoutons à notre playlist «Heimweh/mal du pays». Votre chanson n’y figure pas? Envoyez-la-nous à l’adresse swissabroad@swissinfo.ch.
Texte en français relu et vérifié par Pauline Turuban/rem
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