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Les États-Unis imposent de nouveaux droits de douane de 12,5% à la Suisse

Donald Trump
Une soixantaine d’économies se retrouvent à leur tour visées vendredi par de nouveaux droits de douane américains. Keystone

Après le Canada et le Brésil, la Suisse figure parmi une soixantaine de pays visés vendredi par de nouveaux droits de douane américains. Washington reproche à ces États de ne pas lutter suffisamment contre le travail forcé. Les marchandises suisses exportées vers les États-Unis seront taxées à hauteur de 12,5% supplémentaires.

Le suspense régnait depuis plusieurs semaines. La Suisse est désormais fixée: ses exportations vers les États-Unis seront soumises à une surtaxe de 12,5%. L’administration Trump a annoncé jeudi soir l’imposition de nouveaux droits de douane, compris entre 10% et 12,5%, à une soixantaine de pays représentant 99% du commerce extérieur américain.

Ces taxes sont entrées en vigueur vendredi peu après minuit à l’heure de Washington (6h01 en Suisse). Elles prennent le relais des droits de douane de 10% imposés en février dernier et qui arrivent à échéance à la même heure.

Ces droits de douane temporaires, prévus pour 150 jours, avaient été instaurés par Donald Trump après que la Cour suprême a annulé la majorité des surtaxes décrétées depuis son retour à la Maison-Blanche.

Cette nouvelle surtaxe est le résultat d’une enquête lancée à la mi-mars par le représentant de la Maison-Blanche au commerce (USTR), Jamieson Greer, afin de déterminer si les partenaires commerciaux des Etats-Unis avaient totalement éliminé de leur chaîne d’approvisionnement les produits issus du travail forcé.

Des produits suisses à 12,5%

«Nous cherchons à mettre fin au commerce de ce type de produits. Aux Etats-Unis, nous avons des agences et des processus afin d’identifier les entreprises et les pays qui ont une prévalence au travail forcé et nous arrêtons [leurs] produits à la frontière. D’autres pays n’ont pas ces processus. Nous leur demandons de les mettre en place», a expliqué sur la chaîne télévisée CNN Jamieson Greer.

«Si vous autorisez l’importation de biens issus du travail forcé, cela crée de la concurrence déloyale envers vos propres produits. Nous voulons que tous les pays disposent du même type de protection», a-t-il ajouté.

Les pays disposant d’une législation que les États-Unis estiment incomplète se voient imposer 10% sur un certain nombre de leurs produits. Ce sera notamment le cas des pays de l’Union européenne (UE), du Royaume-Uni, du Mexique ou du Canada, soit certains des plus importants partenaires commerciaux des États-Unis.

Pour les autres, soit une quarantaine de pays, des produits se verront appliquer 12,5%. La Suisse, la Chine, le Japon ou la Corée du Sud sont concernés notamment. Mais il devrait y avoir des exceptions. L’énergie et les matières premières qui ne sont pas produites aux États-Unis devraient notamment être exclues de la liste des produits concernés.

Berne «rejette fermement les allégations de travail forcé»

Le Département fédéral de l’économie, de la formation et de la recherche (DEFR) a pris acte de la décision américaine. Les États-Unis «continuent de respecter la déclaration d’intention commune» (avec la Suisse), écrit-il. Le DEFR précise cependant que le Conseil fédéral «rejette fermement les allégations de travail forcé». La Suisse privilégie une autre approche que les États-Unis, plus globale, contre le travail forcé, avait déjà indiqué Guy Parmelin.

Le président de la Confédération et son équipe sont en contact depuis des mois avec l’administration américaine pour tenter de trouver un accord.

Une «distorsion de concurrence» pointée du doigt

L’économie fait part de son sentiment d’injustice. Pour economiesuisse, ces surtaxes sont incompréhensibles et injustifiées. Cette décision «pèse sur les entreprises suisses» actives sur le marché américain et «crée des désavantages concurrentiels par rapport à des pays qui ont des taux plus bas», dont l’UE et le Royaume-Uni, a précisé l’organisation faîtière des entreprises suisses, qui appelle la Suisse à poursuivre les négociations.

Plusieurs organisations faîtières des exportateurs suisses, comme Swissmem et Swiss Medtech, ont aussi critiqué le taux attribué à la Suisse, supérieur aux 10% des 27 pays de l’UE. La différence de 2,5 points de pourcentage crée une distorsion de concurrence qui désavantage l’économie suisse, estiment-elles.

Incertitude juridique

La Maison-Blanche espère que cette nouvelle surtaxe ne connaîtra pas le même sort que celle mise en place l’année dernière. Afin de s’assurer de sa viabilité, l’USTR s’est basé sur la même loi que celle qui a permis jusqu’ici de justifier les droits de douane sectoriels, sur l’acier et l’aluminium, le cuivre, le bois de construction ou l’automobile notamment et qui n’avaient pas été retoqués par la Cour suprême en février.

Plusieurs autres enquêtes sont également en cours, toujours en se basant sur ce même texte, notamment concernant une possible surcapacité industrielle. La Suisse et l’Union européenne (UE), visées par la surtaxe sur le travail forcé, sont également concernées par cette enquête.

Peu de temps avant cette nouvelle salve de droits de douane, le gouvernement américain avait annoncé des surtaxes sur le Brésil, concerné depuis mercredi par 25% de droits de douane sur près de la moitié de ses exportations vers les États-Unis.

Lundi, le Canada a été à son tour visé par une surtaxe de 50% supplémentaire, qui doit entrer en vigueur dans un mois. Mais dans les deux cas, le gouvernement américain a déjà fait évoluer sa stratégie: plutôt que de viser l’ensemble des produits provenant de ces pays, les surtaxes ne concernent qu’une partie d’entre eux.

Les partis politiques sont très remontés. «Il s’agit encore d’une mauvaise nouvelle pour les PME et la sécurité de l’emploi de toute la population», s’inquiète le Parti libéral-radical (PLR /droite). Ce dernier réclame plus d’ouverture et la levée du blocage concernant l’accord de libre-échange avec le Mercosur. L’Union démocratique du centre (UDC / droite conservatrice) exprime son incompréhension et s’inquiète pour la prospérité de la Suisse, réclamant des déréglementations et rappelant son opposition à tout rapprochement avec l’UE.

Le Parti socialiste (PS) pense au contraire, dans ce contexte protectionniste, qu’il est temps pour la Suisse de se rapprocher de l’UE «pour faire bloc» et dénonce la politique de «complaisance» de Berne face aux Etats-Unis. Les Vert’libéraux critiquent eux aussi le caractère imprévisible de la politique américaine.

Les Vert-e-s réclament la «transparence totale» de la part du Conseil fédéral (sur les discussions avec l’administration américaine) et la possibilité de se prononcer par référendum sur le sujet.

Le Centre s’inquiète des différences de traitement entre la Suisse et l’UE. Les nouvelles surtaxes «désavantagent les entreprises suisses par rapport à leurs concurrentes européennes et mettent en péril des emplois, des investissements et la planification de l’économie d’exportation helvétique», dénonce le parti. Il veut que le Conseil fédéral poursuive «avec détermination les discussions avec les États-Unis, d’égal à égal».

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