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Où en est vraiment l’OSCE?

Giannis Mavris

Chère lectrice, cher lecteur,

La Suisse préside cette année l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE). Cette mission est loin d’être simple, comme en témoignent les objectifs actuels de l’organisation, plutôt modestes: garantir son budget pour l’année prochaine et trouver un successeur à sa présidence.

On pourrait dire, de manière un peu provocatrice, que la priorité absolue de l’OSCE est aujourd’hui sa propre survie. Avec ses 57 États membres, la recherche du consensus n’y a jamais été chose aisée. Mais depuis l’invasion russe de l’Ukraine, l’organisation est pratiquement paralysée, même sur des questions a priori techniques comme la présidence et le budget. Certains médias l’ont ainsi enterrée, jugeant qu’elle est devenue à la fois insignifiante et impuissante: lorsque des membres d’une même organisation se font la guerre, n’est-ce pas la preuve de son échec?

La semaine dernière, lors d’un événement organisé à Berne, le ministre suisse des Affaires étrangères Ignazio Cassis, qui assure actuellement la présidence de l’OSCE, et le secrétaire général Feridun Sinirlioğlu ont pourtant martelé le même message: le simple fait que l’OSCE existe encore est déjà un succès. Et sa pérennité est indispensable: avec l’ONU, elle reste la seule organisation où la quasi-totalité des États issus des anciens blocs de l’Est et de l’Ouest continuent de se parler.

C’est aussi un argument que l’on entend souvent dans les milieux diplomatiques: la mission de l’OSCE est d’être prête le jour où l’on aura besoin d’elle. Tôt ou tard, la guerre en Ukraine prendra fin, et il faudra alors reconstruire et stabiliser l’architecture de sécurité collective en Europe.

Par ailleurs, la Suisse est étroitement liée à l’OSCE. Comme l’a rappelé un historien lors de l’événement, la participation de la Suisse à l’organisation ayant précédé l’OSCE a constitué un véritable «tournant» dans l’affirmation de sa politique étrangère. Jusqu’alors, les ministres suisses des Affaires étrangères ne se rendaient pratiquement jamais à l’étranger. Et la place de la Genève internationale est elle aussi en partie le résultat des longues années de négociations menées dans le cadre de cette organisation, qui ont attiré dans la ville des centaines de diplomates.

Rien ne permet de dire que la présidence suisse de l’OSCE cette année aura un impact comparable sur le pays. Mais si la Suisse parvient à marquer l’organisation de son empreinte, ce sera déjà un résultat appréciable, même s’il ne s’agit «que» du budget et de la succession à la présidence.

Vous avez des questions sur ce sujet? Comme toujours, vous pouvez m’écrire à l’adresse suivante: giannis.mavris@swissinfo.ch

Meilleures salutations,
Giannis Mavris

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