La voix de la Suisse dans le monde depuis 1935
Le modèle économique extérieur de la Suisse repose sur plusieurs piliers : une intégration très étroite au marché européen, un réseau d'accords commerciaux aussi étendu que possible, une industrie d'exportation forte, les services internationaux et un secteur du commerce des matières premières de grande envergure.

La Suisse, une petite nation au cœur du commerce mondial

Petit pays sans accès à la mer ni ressources naturelles, la Suisse s’est pourtant hissée parmi les acteurs majeurs du commerce mondial. Les clés d’un succès bâti sur l’ouverture économique.

Jusqu’à la Première Guerre mondiale, la politique extérieure suisse était largement orientée vers le commerce. Nouer des alliances politiques était jugé délicat, tandis que faire des affaires ne posait guère de problème.

Traditionnellement favorable au libre-échange, la Suisse attache aujourd’hui encore une grande importance aux accords commerciaux. Un large consensus politique existe ainsi en faveur d’une démarche proactive des autorités pour conclure de nouveaux accords au bénéfice de l’économie nationale.

Si la Suisse figure parmi les pays les plus intégrés à l’économie mondiale, ce n’est pas le fruit du hasard. Petit État enclavé dépourvu de ressources naturelles, elle s’est industrialisée très tôt et a fait le choix de s’insérer dans les chaînes de valeur mondiales. Une stratégie qui l’a souvent amenée à se développer dans le sillage des puissances coloniales voisines.

L’Union européenne est aujourd’hui le principal partenaire de la Suisse. Depuis les années 1990, leurs relations sont régies par des accords bilatéraux, dont l’avenir occupe actuellement une place centrale dans le débat politique à Berne. Il s’agit sans doute du dossier de politique extérieure le plus important des prochaines années.

Plus

La place de l’Union européenne a toutefois progressivement reculé au fil des années. Alors qu’elle absorbait jusqu’à 70% des exportations helvétiques par le passé, cette part est tombée à environ 60% en 2025, sous l’effet de la montée en puissance d’autres marchés.

Les États-Unis se sont imposés comme le deuxième débouché du pays, avec près de 18% des exportations suisses. La politique douanière menée par Washington depuis 2025 a toutefois semé le doute, en Suisse comme ailleurs dans le monde. Face à cette incertitude, Berne a accéléré sa politique de libre-échange, concluant rapidement plusieurs accords qui étaient parfois bloqués depuis des années.

Plus

La Suisse a d’ailleurs été le premier pays européen, avec l’Islande, à signer un accord de libre-échange avec la Chine. Si celle-ci est aujourd’hui son troisième partenaire commercial, elle ne représente qu’environ 6% des exportations suisses, une part relativement modeste au regard de l’attention suscitée par la mise à jour de l’accord.

L’enjeu a toutefois toujours dépassé les seuls chiffres. Pour la Suisse, cet accord symbolise sa capacité à dialoguer d’égal à égal avec une grande puissance économique. Ses détracteurs y voient quant à eux une prise de risque politique, à l’heure où les États-Unis et l’Union européenne cherchent à réduire leur dépendance économique à l’égard de la Chine.

La Suisse s’efforce de défendre ses intérêts dans le cadre des règles établies par l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Très investie dans les institutions multilatérales, elle mise sur ces enceintes pour faire entendre sa voix et nouer des alliances avec d’autres pays de taille comparable. Une stratégie d’autant plus importante que les grandes puissances tendent de plus en plus à s’affranchir de certaines règles.

Plus

Cette rivalité croissante a profondément bouleversé l’économie mondiale ces dernières années. Le libre-échange et le multilatéralisme ont fait les frais des tensions géopolitiques. Et si les institutions qui structurent l’économie mondiale demeurent en place, elles apparaissent aujourd’hui nettement plus fragiles. Dans ce nouvel environnement, la Suisse cherche à redéfinir sa place.

Plus

Son système de démocratie directe ajoute toutefois une part d’incertitude supplémentaire. Les accords internationaux peuvent être contestés dans les urnes et les nouveaux traités commerciaux font régulièrement l’objet de référendums.

Plus

La structure économique du pays, qui combine de grands groupes multinationaux et un dense tissu de petites et moyennes entreprises, est souvent considérée comme l’une des clés de son succès. Et c’est en grande partie grâce à l’intégration internationale de son industrie que l’économie suisse demeure solide.

Pour les entreprises, les tensions géopolitiques rendent l’environnement international de plus en plus complexe. S’adapter aux nouvelles réalités du commerce mondial devient ainsi un enjeu stratégique toujours plus crucial.

Plus

La pharmacie, principale branche exportatrice du pays, n’échappe pas à cette évolution. Si son importance pour la prospérité et l’emploi n’a cessé de croître au cours des dernières décennies, elle fait désormais face à une concurrence accrue, non seulement des États-Unis, mais aussi, de plus en plus, de la Chine et de l’Inde.

Plus

Le commerce lui-même est en pleine transformation. À l’ère numérique, la création de valeur dépend de moins en moins des seuls échanges de marchandises. Forte d’un secteur informatique innovant et d’un écosystème de start-up dynamique, notamment autour des EPF de Zurich et de Lausanne, la Suisse figure parmi les pays les plus avancés dans ce domaine. Cette ambition se reflète dans sa politique commerciale: le pays figure parmi ceux qui ont très tôt misé sur des accords encadrant le commerce numérique.

Plus

Aujourd’hui, les principaux défis de la politique commerciale suisse tiennent à la montée du protectionnisme, illustrée notamment par les droits de douane, ainsi qu’au risque de ralentissement de l’économie mondiale. Pour l’heure, la confiance dans la stratégie suivie jusqu’ici demeure toutefois largement intacte et les appels à un changement de cap radical restent rares.

La Suisse a jusqu’à présent largement prospéré grâce à cette ouverture sur le monde. Rien n’indique qu’elle entend y renoncer. À moins que l’évolution du contexte géopolitique ne l’oblige un jour à revoir profondément sa trajectoire.

Plus

Texte original en anglais relu et vérifié par Benjamin von Wyl, version française adaptée et vérifiée par Dorian Burkhalter

Les plus appréciés

Les plus discutés

Préférer Swissinfo sur Google

En conformité avec les normes du JTI

Plus: SWI swissinfo.ch certifiée par la Journalism Trust Initiative

SWI swissinfo.ch - succursale de la Société suisse de radiodiffusion et télévision

SWI swissinfo.ch - succursale de la Société suisse de radiodiffusion et télévision