Africa & Pinocchio, ou quand la Suisse donne un coup de pouce au cinéma africain

En Afrique, la tradition de la fiction filmée pour enfants est plutôt inexplorée. Keystone

Encourager le professionnalisme de producteurs et de scénaristes africains. Et les aider à se lancer dans des courts métrages pour enfants: c’est le double défi d’un projet original de coopération soutenu principalement par la DDC et la Fondation Focal.

Ce contenu a été publié le 20 mai 2000 - 16:39

Dans le monde du cinéma, la formule de l’homme à tout faire devient de plus en plus difficilement supportable. Tenter tout seul d’imaginer un film, de trouver les moyens de le tourner, de le réaliser et de le diffuser prend aujourd’hui la forme d’un défi insensé et quasiment insurmontable. Les modes de financement et les technologies de fabrication sont désormais beaucoup trop complexes pour reposer sur les épaules d’une seule personne.

Deuxième constat: l’Afrique compte sans doute des scénaristes de talent, mais les producteurs font défaut. «La production des films africains est généralement pilotée par le Nord, explique Pierre Agthe, directeur de la Fondation Focal, institution faîtière des professionnels suisses de l’audiovisuel. Les Africains sont confinés dans des tâches secondaires de direction. Il est essentiel qu’ils puissent se réapproprier cette part du travail.»

Le diagnostic posé, restait à trouver le stimulant. Suite à une demande concrète de cinéastes africains, notamment sénégalais, la Fondation Focal, la Direction du développement et de la coopération suisse (DCC) et quelques partenaires étrangers ont alors décidé d’organiser un cycle de formation d’une année, réparti sur quatre sessions. Le deuxième acte de ce programme s’est joué début mai à Dakar.

Huit duos de producteurs et scénaristes ont été sélectionnés dans cinq pays francophones d’Afrique de l’Ouest. Ces «couples», comme les appelle Pierre Agthe, vivent une sorte d’affrontement parfois difficile: «Le scénariste a son point de vue, il a son histoire à développer. Le producteur a ses propres exigences de financement et voit les répercussions sur la manière de travailler. C’est de ce genre de frottements, de confrontations et de conflits que va naître l’histoire à raconter.»

Lorsque le cycle de formation sera terminé, chaque producteur devra en concrétiser les acquis. Il s’agira pour lui de financer et de mener à terme la réalisation d’un court métrage de 26 minutes, destiné en priorité à des télévisions africaines et à de jeunes publics. C’est le côté Pinocchio du programme. Il y a de quoi s’en réjouir. Car en Afrique, la tradition de la fiction filmée pour enfants est plutôt inexplorée.
En plus de répondre à un vrai besoin, l’idée de proposer ce type de réalisation n’a toutefois rien d’innocent. Les initiateurs de ce projet n’ignorent évidemment pas qu’un film pour enfants représente un vrai défi. La qualité dramatique du récit, la clarté du message, la capacité de susciter des émotions immédiates sont des nécessités absolues sous peine de rater un public qui, spontanément, ne fait aucun cadeau. Les producteurs et scénaristes qui se sont lancés dans l’aventure sauront donc très vite s’ils ont joué la bonne carte.

Bernard Weissbrodt

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