A qui la faute?
Les droits de TV seraient à l'origine de l'endettement des clubs suisses de football. Une hypothèse contestée.
«En Suisse, les clubs de football touchent des sommes nettement inférieures en comparaison des pays voisins, s’agissant des droits de télévision».
C’est là l’une des principales raisons de leur endettement, explique Jacques Ducret, journaliste spécialisé dans le football suisse depuis 40 ans.
Exemple: «Gueugnon, club français de Deuxième division, a touché, la saison dernière, 3 millions 500 000 francs suisses comme droits de télévision. Alors que le club phare zurichois, Grasshopper, n’a encaissé que 500 000 francs suisses de droits télévisuels».
Un avis controversé
Mais l’avis de Jacques Ducret ne fait pas l’unanimité. Pour Jacques Deschenaux, délégué de la Direction des programmes TSR, «les droits TV sont en adéquation avec la valeur du football et la valeur du marché».
Et Jacques Deschenaux de poursuivre: «on ne peut pas comparer le tout petit marché suisse (7 millions d’habitants) aux grands marchés allemand (80 millions d’habitants), italien ou français».
Clubs suisses pas si mal rétribués
«Par contre, relève Jacques Deschenaux, la comparaison est possible avec les pays scandinaves et du Benelux qui ont des marchés potentiels semblables à celui de la Suisse en termes d’audience sportive.»
«Or, ajoute-t-il, les télévisions suédoise et norvégienne paient à leur fédération de football des droits inférieurs à ceux versés par la télévision helvétique à la Ligue nationale suisse de football».
On rappellera que, en Suisse, les sommes versées par la télévision sont gérées par la Ligue nationale suisse. «Selon une clé de répartition dont elle est seule responsable», précise Jacques Deschenaux.
L’inflation des droits TV
«Le marché international doit aussi être pris en considération, renchérit Adrian Boss, avocat de la Business Unit Sports SRG SSR.
«Beaucoup de pays, dit-il, sont intéressés à l’achat des droits TV du championnat d’Angleterre. Alors que le championnat de Suisse de LNA n’intéresse pratiquement personne à l’étranger».
Reste que, aujourd’hui, tous les pays doivent faire face à une surenchère des prix pour l’acquisition des droits de retransmission TV. Les chaînes de télévision privées ne sont pas étrangères à cette inflation.
Et Adrian Boss de prédire: «Même les plus grands clubs européens vont être contraints de redescendre à un niveau de négociation plus raisonnable, concernant ces fameux droits de retransmission TV».
Professionnalisme en Suisse?
Et là, Jacques Ducret tempère: «si l’on n’a pas les moyens financiers de mettre sur pied un vrai football professionnel, pourquoi ne pas revenir – modestement – à un football semi-professionnel. Comme le pratiquent la Norvège, la Suède ou la Belgique».
Toujours est-il que la Ligue nationale a manifestement voulu imposer des règles très strictes de gestion aux clubs. Dans le but de professionnaliser le football suisse.
«A outrance, commente Jacques Ducret. Car, en Suisse, il n’y a que quatre ou cinq clubs qui peuvent réellement satisfaire à de telles exigences».
swissinfo/Emmanuel Manzi
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