A St-Gall, les patrons dominent mal l’incertitude
Pour la 33ème fois, le symposium international de management de St-Gall s'interroge sur l'évolution des affaires du monde.
Dans un environnement économique et politique incertain, Jens Alder, comme Marcel Ospel, ont justifié leurs stratégies.
«A la recherche de réponses dans une période d’incertitude». Le thème du 33e symposium international de management de l’Université de St-Gall, qui se déroule jusqu’à samedi, répond parfaitement aux questions que tout le monde se pose aujourd’hui.
La croissance anémique de la Suisse met nombre d’entreprises sous pression. Et les vagues successives de licenciements annoncées depuis plusieurs mois déstabilisent une part croissante de la population.
Des réponses peu convaincantes
Chancelante depuis deux ans et demi, la croissance mondiale n’en finit pas de payer l’effondrement de la bulle spéculative financière liée au développement exponentiel des technologies de l’information et de la communication à la fin des années 90.
Donnant l’occasion de s’exprimer à Marcel Ospel, président du conseil d’administration et ancien directeur exécutif d’UBS, et à Jens Alder, patron de Swisscom, le symposium a tenté de tirer les enseignements des excès de la dernière décennie.
Sans que les réponses proposées par les intervenants ne soient vraiment convaincantes.
Victimes d’individus malhonnêtes
Reconnaissant les excès commis par certains établissements financiers concurrents sans les nommer, Marcel Ospel n’estime pas pour autant que le fonctionnement du système financier international nécessite une réforme.
Des scandales comme Enron, Worldcom ou Arthur Andersen proviennent à ses yeux du comportement malhonnête de certains individus.
«Il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain mais punir les fauteurs de trouble», estime le président d’UBS.
Marcel Ospel ne voit pas non plus l’utilité d’un renforcement de la régulation du système. Les coûts qu’il induirait ne feraient que ralentir les flux financiers sans pour autant parvenir à améliorer la situation.
Se fondant sur l’exemple japonais, dont l’économie traverse une récession depuis dix ans, Marcel Ospel n’hésite pas à affirmer que «toutes les mesures prises par le gouvernement n’ont fait qu’empêcher les mécanismes du marché d’assainir l’économie». A l’image de la formidable épuration qui s’est produite dans les sociétés Internet depuis l’an 2000.
Alors que l’ensemble du secteur des télécommunications affiche des ratios d’endettement effarants, Jens Alder s’est pour sa part livré, non sans humour, à un plaidoyer subtil pour le maintien du monopole sur le marché des télécommunications.
Swisscom contraint de licencier
Son argumentation s’énonce le plus clairement du monde. En tant qu’ancien monopoleur Swisscom subit les foudres du régulateur qui le sanctionne souvent. De plus, les technologies offertes par l’opérateur évoluent presque quotidiennement.
Elles nécessitent en outre des investissements importants qui doivent être constants, indépendamment de l’évolution de la conjoncture. Et face à l’introduction de la concurrence sur son marché, Swisscom ne peut que voir ses bénéfices diminuer.
Enfin, détenue majoritairement par l’Etat, la société se doit également de répondre aux attentes de ses actionnaires. Pour y parvenir, la réponse de Jens Alder est sans équivoque.
«Je dois licencier pour faire baisser mes coûts tout en réinventant la compagnie de façon à garantir les mêmes prestations que par le passé, mais avec moins d’employés», affirme de but en blanc le directeur exécutif.
Des constats mais pas de réponses
Conscient de sa responsabilité sociale, Jens Alder s’est félicité des mesures d’accompagnement mises en œuvre par sa société. «90% des personnes licenciées ont retrouvé un emploi après une durée moyenne de 9 mois», précise l’intéressé.
Et les personnes licenciées ont la garantie de toucher leur salaire pendant 18 mois, si elles ne trouvent pas d’emploi dans l’intervalle.
Voilà, en résumé, les réponses fournies par les dirigeants de deux entreprises auxquelles l’image de la Suisse est associée depuis longtemps.
Sans attendre d’eux qu’ils livrent au public leurs plans les plus secrets, force est de constater que leurs réponses ne lèvent aucunement l’incertitude. Un thème central du symposium de St-Gall.
swissinfo, Jean-Didier Revoin, St-Gall
– Le Symposium international de management de St-Gall a lieu du 22 au 24 mai.
– Plus de 600 étudiants, politiciens et chefs d’entreprises de 64 pays y participent.
– Depuis sa création en 1969, la manifestation accueille aujourd’hui des dirigeants et politiciens de premier plan.
– Parmi les Suisses, on remarque Ruth Metzler (ministre de la justice), Marcel Ospel (président de UBS) ou Jens Alder (CEO de Swisscom)
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