Billets, coupures, biftons…
Le Musée Gutenberg de Fribourg, récemment créé, vous explique tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les billets de banque suisses. Et que vous n'avez pas pensé demander.
Au commencement était le troc. Puis vinrent les pièces de monnaies – bronze, or, argent – sonnantes et trébuchantes. Et lourdes, de surcroît, en tout cas lorsqu’on est riche. Alors l’homme aisé, dans son infinie paresse, inventa le billet de banque. Les Chinois y pensèrent dès le 14e Siècle. Plusieurs pays européens au 18e. Et la Suisse, qui aime à prendre son temps, au 19e.
D’ailleurs, il ne s’agissait pas encore de la Suisse, alors confédération d’états plutôt qu’état fédératif, mais du Canton de Berne: le tout premier billet helvétique a été imprimé par la «Deposito-Kassa» de Berne en 1826. Mais il n’en reste plus la moindre trace.
Le plus ancien billet encore existant, qu’on peut voir à Fribourg et qui provient de la même banque, est un chouia ultérieur. Ce qui est amusant, c’est qu’il n’a pas de valeur intrinsèque: c’est un bon qui équivaut à «Ein hundert französische fünf Franken Taler», nous dit son recto, comprenez «100 Talers français de 5 francs».
C’est seulement en 1905 que le monopole d’émission fut confié à une banque centrale nouvellement créée, la Banque Nationale Suisse. Et la première émission fut publiée en 1907. Celle-ci et les suivantes sont à voir au Musée Gutenberg.
Nos porte-monnaies éprouvent donc une légère nostalgie à redécouvrir par exemple la 5e émission, datée de 1956, ou la 6e, celle de 1976, et ses fameux «Borromini». Quant à la série actuelle, la 8e émission, qui date de 1995 et est signée Jörg Zintzmeyer, on apprend tout sur sa fabrication, ses systèmes de sécurité, les figures et les symboles qu’elle arbore.
Et la 7e, me direz-vous si vous avez lu attentivement le paragraphe précédent ? Et bien la 7e, c’est la «série de réserve» qui dort dans les caves de la Banque Nationale. Due au graphiste genevois Roger Pfund, elle ne sortira de là qu’en cas de catastrophe générale ou d’inondation massive du marché par des faussaires particulièrement efficaces. Ce qui est peut-être synonyme.
A propos de faussaires… L’exposition fribourgeoise, réalisée pourtant en collaboration avec la Banque Nationale, nous dévoile plusieurs faux billets qui tous ont été mis en circulation. Parmi ceux-ci, une coupure de 50 francs, dessinée à la main, car effectuée bien avant l’ère de la photocopie en couleur. Le rêve, même malhonnête, a toujours quelque chose de touchant…
Bernard Léchot
« Les billets de banque suisse », Musée Gutenberg, Fribourg, jusqu’au 31 août
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