Bisbille entre Genève et la Savoie
Genève s'oppose à la reprise de la circulation des camions au tunnel du Mont-Blanc. La Savoie accuse la cité de Calvin d'outrepasser ses compétences.
Dès mardi le tunnel du Mont-Blanc est rouvert à la circulation alternée des poids lourds de moins de 19 tonnes. Les voitures, elles, l’empruntent depuis un mois déjà.
Depuis l’accident du Mont-Blanc, qui a coûté la vie à 39 personnes en 1999, les Genevois se sont toujours fermement opposés au retour du transport de marchandises dans le tunnel.
Accusée d’ingérence
Les prises de position de la Ville avaient déjà irrité le ministre suisse des Transports Moritz Leuenberger. Aujourd’hui, elles indisposent manifestement les autorités françaises.
Dans une interview au journal «Le Temps», le préfet de la Haute-Savoie, Pierre Breuil, s’insurge contre ce qu’il appelle «l’ingérence grossière» de Genève dans un dossier qui concerne avant tout la France et l’Italie.
Deux jours avant, dans les pages du quotidien français le Dauphiné Libéré, il avait déjà déclaré en substance que Genève outrepassait ses compétences.
Le camp des opposants
En clair, la France souhaiterait vivement que Genève s’occupe de ses affaires. Mais, plus que jamais, l’exécutif de la Ville persiste et signe. Il entend bien faire entendre sa voix.
La semaine dernière, Genève s’engageait une nouvelle fois ouvertement dans le camp des opposants à la réouverture du tunnel aux poids lourds.
Dans un communiqué, l’exécutif genevois se disait alors prêt à soutenir les milieux associatifs afin de leur permettre d’organiser une conférence de presse au niveau international.
En outre, Genève exigeait la création «d’une Commission internationale d’experts indépendants» en vue d’un moratoire du trafic de poids lourds dans le tunnel.
Pas de démarche juridique
En revanche, constatant que tous les recours entrepris par des tiers avaient été balayés, l’exécutif genevois annonçait qu’il renonçait à entamer une démarche juridique. Pour mieux se concentrer sur la mobilisation de la population.
Quand on évoque l’idée d’une quelconque ingérence genevoise dans les affaires franco-italienne, le maire de la ville monte aux barricades.
«La ville de Genève est actionnaire de la société Autoroute et Tunnel du Mont-Blanc depuis sa création, rappel Manuel Tornare. Ne serait-ce qu’à ce titre, elle a droit au chapitre».
Provoquer le débat
«De plus, il est de notre devoir de nous soucier de la sécurité de nos concitoyens», poursuit Manuel Tornare. En effet, 40% des utilisateurs du tunnel proviennent de la région genevoise.
Et d’ajouter: «La pollution des vallées avoisinantes nous concerne aussi. Aujourd’hui, nous ne pouvons plus prétendre qu’elle s’arrête aux frontières».
Et Manuel Tornare de souligner qu’il entend, avant tout, provoquer le débat et sensibiliser les gouvernements français et italien à la nécessité de développer un véritable plan de ferroutage.
«Cela fait des années que les pays voisins font des promesses qui ne sont jamais tenues, s’insurge le maire de Genève. Aujourd’hui, il faut se mettre autour de la table pour trouver de véritables alternatives à la circulation des poids lourds à travers les Alpes. Nous ne pouvons plus nous satisfaire de simples améliorations cosmétiques.»
swissinfo/Vanda Janka
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