De l’eau dans le gaz chez Nestlé aux Etats-Unis
Accusée de publicité mensongère, la multinationale veveysanne fait l'objet d'une plainte collective.
Une de ses eaux minérales «Poland Spring» proviendrait de nappes phréatiques et non de sources vives. Nestlé rejette en bloc ces allégations.
Les plaintes collectives ont été déposées dans les Etats du Connecticut, du Massachusetts et du New Jersey par des consommateurs américains.
Ils accusent Nestlé de mentir au public sur l’origine de l’eau que le groupe suisse vend aux Etats-Unis sous la marque de Poland Spring.
«Les consommateurs achètent Poland Spring en croyant acheter une eau de source naturelle et de haute qualité», déclare Tom Sobol.
«Mais nous montrerons que Poland Spring n’est ni une eau de source, ni naturelle, et qu’elle provient en fait de sources d’une qualité inférieure à l’eau du robinet», déclare ainsi cet avocat qui a déposé une plainte à Boston, dans le Massachusetts.
Une source tarie en 1967
Sur les bouteilles de Poland Spring, Nestlé affirme que cette eau «provient du fond des forêts du Maine», un Etat de Nouvelle-Angleterre réputé pour la beauté de ses sites naturels, l’étendue de ses forêts et le nombre de ses lacs.
«L’eau de source naturelle de Poland Spring est exceptionnellement bien protégée par la nature», poursuit le texte figurant sur l’étiquette des bouteilles, avant de garantir «la propreté» de cette eau.
Selon les consommateurs qui traînent Nestlé en justice, la réalité est fort différente. Ils maintiennent en effet que la source originale de Poland Spring est tarie depuis 1967.
Au lieu de venir du «fond des forêts du Maine», l’eau contenue dans les bouteilles en question serait en fait puisée dans la nappe phréatique et collectée sur plusieurs sites, certains éloignés de plus de 40 kilomètres de la source originale.
Par ailleurs, certains de ces sites se trouveraient à proximité de routes et de parcs de stationnement et l’eau qui en serait tirée serait donc polluée.
Allégations rejetées par Nestlé
Les plaignants exigent de Nestlé une indemnisation, en faisant valoir que le prix élevé des bouteilles de Poland Spring n’est pas justifié. Ils demandent aussi à la justice d’interdire au groupe de Vevey de promouvoir Poland Spring comme une eau de source.
Leurs allégations sont rejetées avec force par Nestlé. Le porte-parole du géant mondial de l’alimentation affirme que les plaintes sont «dénuées de tout fondement».
«Poland Spring est une eau de source naturelle et elle est en conformité avec les règlements édictés par les autorités américaines, en particulier la Food and Drug Administration (l’instance fédérale chargée de réguler l’industrie alimentaire)», indique Hans-Jorg Renk.
Le porte-parole de Nestlé se dit certain que «nous pourrons prouver que toutes ces allégations sont erronées et la justice tranchera en notre faveur».
Un coup dur à son image
Pour ce faire, le groupe a loué les services de plusieurs cabinets d’avocats aux Etats-Unis. «La vérité sera mise à jour», souligne pour sa part la porte-parole de la filiale américaine de Nestlé qui produit Poland Spring, Nestlé Waters North America.
Les plaintes collectives autour de Poland Spring pourraient néanmoins porter un coup à l’image et aux revenus de Nestlé aux Etats-Unis, où le groupe helvétique se taille pour l’instant la part du lion du marché de l’eau en bouteille, soit 38%.
L’affaire intervient au moment où la consommation d’eau en bouteille augmente à un rythme très soutenu aux Etats-Unis, en même temps que les profits des sociétés du secteur.
Scepticisme des consommateurs
En 2002 en effet, le chiffre d’affaires total du secteur s’est élevé à 7 milliards 700 millions de dollars. Une hausse de plus de 12% par rapport à l’année précédente.
Cette ruée vers l’eau provoque le scepticisme des mouvements de consommateurs. D’après le Conseil de Défense des Ressources Naturelles, 40% des bouteilles disponibles aux Etats-Unis contiennent de l’eau du robinet!
Cette organisation non gouvernementale américaine affirme aussi qu’un tiers de ces bouteilles contiennent de l’eau polluée.
Avec d’autres associations d’écologistes et de consommateurs, le Conseil appelle les instances fédérales à réglementer plus strictement l’eau mise en bouteille.
swissinfo, Marie-Christine Bonzom, Washington
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