Futur incertain pour Swiss
Le conflit entre Swiss et les ex-pilotes de Crossair n'en finit pas. Un bras de fer qui s'ajoute aux autres problèmes. Et qui met en péril l'avenir de la compagnie.
Le ton monte d’un cran entre Swiss Pilots (SP) et la direction de la compagnie aérienne Swiss.
Le syndicat ne s’est pas présenté à la rencontre qui avait été fixée mardi. La direction s’est donc retrouvée seule rendez-vous.
Un temps de réflexion
Cette table ronde avait été convoquée afin de résoudre le conflit qui oppose la nouvelle compagnie aux pilotes de l’ancienne Crossair.
Mais Swiss Pilots avait annoncé, lundi soir déjà, qu’il voulait s’accorder un temps de réflexion. Et que ses représentants ne participeraient donc pas à cette séance.
En fait, selon le syndicat, la direction de Swiss ne peut – ou plutôt ne veut – pas entrer en considération sur la question de l’égalité de traitement entre les pilotes de l’ex-Crossair et ceux de la défunte Swissair.
Toujours selon le syndicat, il est de plus en plus manifeste que Swiss prend délibérément le risque de discriminer les pilotes de l’ex-Crossair.
Le syndicat va même plus loin. Il estime en effet que ce conflit concerne dorénavant la sphère politique.
En effet, la Confédération ne peut pas se permettre, en tant que principal actionnaire minoritaire, de fermer les yeux sur cette discrimination.
Un comportement «irresponsable»
Qu’en pense le Conseil d’administration de la compagnie aérienne?
Dans un communiqué, il souligne que les exigences de SP doivent être examinées dans le cadre des négociations entre partenaires sociaux.
Quant au président de la direction de Swiss, il ne mâche pas ses mots.
En effet, Pour André Dosé – qui s’exprimait sur les ondes de la télévision suisse alémanique SF-DRS – le comportement des pilotes de l’ex-Crossair est «irresponsable».
De son côté, la Confédération – qui a engagé deux milliards de francs dans la relance de la nouvelle compagnie aérienne helvétique – demande aux pilotes de Crossair de renoncer à des exigences disproportionnées.
Des exigences, dit le porte-parole du ministre des finances Daniel Eckmann, qui risqueraient de mettre en péril le succès de la nouvelle compagnie.
Pour sa part, le parti socialiste (PS) souligne la précarité de certains postes de travail. Deux des trois catégories de salariés, rappelle-t-il, n’ont pas encore de contrats collectifs définitifs.
Une situation qui mettrait, elle aussi, en péril la stabilité de la compagnie, et sa planification financière.
Accusations repoussées
Le syndicat des pilotes en appelle à la justice pour assurer une bonne cohabitation au sein de la compagnie née sur les cendres de Swissair et Crossair.
«Les moyens limités, résume David Bieli, doivent être équitablement répartis entre les pilotes des deux compagnies.»
En fait, le changement de compagnie assure aux anciens pilotes de Crossair une augmentation de salaire consistante.
Toutefois, selon le syndicat, il existe toujours des différences salariales de 30% entre les pilotes des deux anciennes compagnies au sein de la même catégorie de vols court-courriers.
Pannes et manque de personnel
Ces problèmes s’ajoutent à ceux que la nouvelle compagnie a connus dernièrement. A en croire la presse dominicale, le bilan technique de Swiss serait, lui-aussi, décevant.
En effet, depuis ses débuts, la compagnie aurait dû annuler près de 240 vols pour cause de panne.
A cet effet, Swiss a d’ailleurs créé une Task Force composée de spécialistes et de représentants des constructeurs.
Les avions de l’ex-Crossair, qui effectuent les vols continentaux, sont particulièrement touchés par ces difficultés.
Enfin, Swiss doit aussi faire face à un manque cruel de personnel de cabine. D’ici la fin de l’année, elle devra recruter 200 employés supplémentaires afin d’assurer le service à bord.
Pour mémoire, la nouvelle compagnie nationale a pris son envol à la fin du mois de mars, avec un capital de plus de deux milliards de francs. Dont près d’un tiers garanti par l’Etat.
Durant ses trois premiers mois d’activité, Swiss a enregistré un déficit de 190 millions de francs.
Grâce à un nombre de passagers légèrement supérieurs aux prévisions, ce résultat s’est révélé toutefois meilleur que ne le prévoyait le plan financier.
swissinfo avec les agences
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