Gothard: L’Italie demande la levée du dosage
L'Italie s'estime lésée. Son ministre des Transports demande à la Suisse d'annuler le système de dosage des poids lourds sous le Gothard.
Le ministre italien des Transports Pietro Lunardi et son homologue suisse Moritz Leuenberger sont arrivés accompagnés de leurs staffs respectifs, au Centre suisse de Milan. Un peu froissés par la canicule de la métropole lombarde mais souriants.
Pietro Lunardi (Forza Italia) a pris la parole le premier. Il a rappelé que la rencontre de lundi «avec son ami et collègue Leuenberger» était la seconde consacrée au thème des transports entre l’Italie et la Suisse.
Un système pénalisant pour l’Italie
La première rencontre entre les deux ministres avait eu lieu le 23 octobre à Berne. Il avait alors été surtout question des liaisons ferroviaires entre leur deux pays.
La seconde entrevue a mis l’accent sur un thème inconnu en octobre, celui du système alterné des poids lourds sous le Gothard. Un système cher à Moritz Leunenberger, chef du Département fédéral de l’environnement, des transports, de l’énergie et de la communication (DETEC).
Ces mesures dites de dosage avaient été adoptées peu après la réouverture du Gothard, en décembre. Le tunnel avait été fermé deux mois suite à l’accident qui avait fait onze morts le 24 octobre 2001.
Or ce système de dosage pénalise très fortement la politique de transports commerciaux à travers l’arc alpin, a rappelé Pietro Lunardi.
Le ministre italien a déclaré à ce propos: «J’ai demandé à mon homologue suisse l’élimination du dosage et l’introduction d’un système de réservation.»
Dosage signifie sécurité
Conscient du poids de sa requête, Pietro Lunardi n’a pas manqué de louer la rapidité avec laquelle le tunnel avait été remis en état et puis rouvert à la circulation.
«La Suisse, a-t-il dit, a fait un travail extraordinaire qui doit être un exemple pour toute l’Europe».
Mis au pied du mur par son collègue transalpin, Moritz Leuenberger a tenté de tergiverser. Il a rappelé que le dosage avait été introduit pour assurer la sécurité dane le tunnel.
Une sécurité d’ailleurs mise à rude épreuve par le nombre croissant de poids lourds qui empruntent l’axe du Gothard.
Le chef du DETEC a assuré que la mesure serait revue dès que le tunnel serait totalement assaini, système de ventilation compris. Mais il n’a pas garanti la remise en vigueur de la circulation dans les deux sens.
«Nous voulons respecter les accords bilatéraux passés avec l’Union européenne (UE) a-t-il souligné. Et nous ne désirons pas créer de discrimination. Mais avant de promettre quoique ce soit nous devrons affronter les adversaires du dosage en Suisse.»
Le dossier sera abordé lors de la prochaine table ronde, le 2 juillet, à Berne.
Quatre groupes de travail
Les autres aspects de la politique italo-suisse des transports ont aussi été passés en revue par les deux ministres. Qui se sont dits d’accords sur tous les points les plus importants.
«Nous avons abordé les projets communs de ces dix à quinze prochaines années, a précisé Pietro Lunardi. Surtout en ce qui concerne les liaisons ferroviaires».
Ainsi pour concrétiser ces projets à court, moyen et long terme, Pietro Lunardi et Moritz Leuenberger ont annoncé la mise en place de quatre groupes de travail formés d’experts des deux pays.
Le premier groupe s’occupera des tracés prévus jusqu’en 2020 sur l’axe nord-sud pour les transports des marchandises, des passagers et régionaux.
Il examinera la chaussée roulante, la nouvelle stratégie des chemins de fer italiens, le tracé Stabio (TI)-Arcisate (un tronçon de sept kilomètres au sud du Tessin qui devrait être le trait d’union du corridor nord-sud) et la liaison Aoste-Martigny.
Le second groupe sera chargé d’améliorer la qualité des liaisons entre le nord et le sud. Et de promouvoir l’accès au marché du trafic marchandises par la mise en place d’un réseau adéquat.
Le troisième groupe de travail se penchera sur la convention et la concession de la ligne du Simplon qui prendra fin en 2005.
Enfin, le quatrième groupe planchera sur le trafic international à travers les Alpes (Gothard compris) et sur le transfert de la route au rail.
L’Italie veut respecter ses engagements en ce qui concerne les tracés italiens des deux grands projets ferroviaires suisses, à savoir les deux corridors nord-sud.
Celui par le Gothard, d’ici à 2014 au plus tôt. Et celui par le Lötschberg, dès 2006.
swissinfo/Gemma d’Urso à Milan
Grâce à ces liaisons, l’aéroport de Milan-Malpensa pourrait desservir 20 millions de passagers.
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