Irak: le passé suisse de l’opposant Ahmad Chalabi
Dans la course à la succession de Saddam Hussein, Ahmad Chalabi est le favori du Pentagone. Mais il est contesté en Irak. Et il risque d'être rattrapé par son passé suisse.
La Mebco qu’il dirigeait à Genève a été fermée en 1989 par la Commission fédérale des banques.
En avril 1989, un article du quotidien vaudois 24 Heures annonce la fermeture d’une banque libanaise à Genève, la Mebco. L’information passe presque inaperçue.
En effet, il ne s’agit que d’une petite société, employant une trentaine de personnes. Et dont le bilan n’atteint pas 100 millions de francs.
Seule information susceptible d’intéresser les consommateurs, la Mebco est l’un des trois établissements financiers en Suisse à pouvoir émettre des cartes de crédit Visa.
La Mebco est contrôlée par la Middle East Banking Corporation de Beyrouth, qui appartient à la famille Chalabi.
Rien n’est retenu pénalement contre cette banque. Mais la Commission fédérale des banques (CFB) lui reproche tout de même une mauvaise organisation, des problèmes de liquidités et une comptabilité qui laisse à désirer.
Plus grave, la Mebco aurait accordé des crédits disproportionnés par rapport à ses fonds propres.
«Faux dans les titres»
Quelques mois plus tard, c’est au tour de la Socofi de rencontrer d’énormes difficultés. Or, cette société financière genevoise appartient, elle aussi, à la famille Chabali.
Cette riche famille irakienne, domiciliée au Liban, met alors ses ennuis sur le compte de la guerre en Irak (la première).
Il n’empêche, en septembre 2000, dans le cadre du dossier Socofi, deux des frères d’Ahmad Chalabi (Hazem et Jawad) sont condamnés en Suisse à six mois de prison avec sursis pour «faux dans les titres».
Dans son édition de mercredi, le quotidien Le Temps revient sur cette faillite qui aurait ruiné des milliers d’épargnants et laissé un trou de 140 millions de francs.
Ahmad Chalabi, le chef du Congrès national irakien, a lui-même été condamné à 22 ans de prison en Jordanie pour son implication dans la faillite de la Petra Bank, liée à la Mebco et à la Socofi.
La faute de Saddam Hussein
Les accusations portées contre les Chalabi sont invariablement les mêmes. Grâce à ses établissements financiers, la famille aurait prêté de l’argent à des sociétés qui leur appartenaient.
Toujours selon Le Temps, en cinq ans, la Socofi aurait versé 88 millions de francs aux Chalabi. Des sommes octroyées sans garanties.
Bien évidemment, cette riche famille irakienne donne une toute autre version des faits. Tous ses malheurs viendraient des pressions exercées par le régime de Saddam Hussein.
D’ailleurs, en 1991 déjà, les Chalabi avaient justifié la fermeture de leur usine de retraitement d’ordures ménagères à Moudon, dans le canton de Vaud, par la guerre civile en Irak.
Dans son article sur cette affaire, le quotidien vaudois 24 Heures titrait alors «Poubelles sans fonds chiites».
swissinfo, Ian Hamel
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