L’empire Nestlé frappe encore
Nestlé poursuit sa politique d'expansion dans le secteur du surgelé aux Etats-Unis. Et achète Chef America. Une opération qui n'est pas du goût de tout le monde.
Annoncée mardi par la multinationale de Vevey, l’acquisition de Chef America va coûter 3,86 milliards de francs à l’entreprise. Nestlé paiera cash.
L’aventure américaine de Nestlé ne s’arrête pas là. A en croire les milieux financiers zurichois, la multinationale chercherait à acquérir le plus grand fabricant de chocolat américain, Hershey.
Une transaction faramineuse dont le montant s’élèverait à 12 milliards de francs.
Nouveau secteur d’activité
Basée à Denver dans le Colorado, Chef America emploie 1700 personnes. Elle fabrique des snacks surgelés (Hot Pockets, Lean Pockets et Croissant Pockets).
«Chef America contrôle un secteur du surgelé que Nestlé n’exploitait pas jusqu’à présent», explique François-Xavier Perroud, porte-parole de la multinationale.
Et d’ajouter: «Chef America est leader en la matière et contrôle 50% du marché du snack aux Etats-Unis. Ce qui est très attractif».
Et même si le chiffre d’affaires d’un milliard de francs réalisé par Chef America ne représente que le centième du chiffre d’affaires de Nestlé, la multinationale devrait être gagnante dans cette acquisition.
En effet, entre 1996 et 2001, la croissance annuelle moyenne des ventes de Chef America a été supérieure à 10 %. En 2002, elle devrait même dépasser les 15 %.
Mieux, le groupe Nestlé estime qu’il peut encore accélérer cette croissance, grâce aux canaux de distribution qu’il maîtrise.
Son succès, Chef America le doit à la popularité de ses surgelés. Des produits qui répondent parfaitement aux changements d’habitudes alimentaires des consommateurs américains.
Trop cher?
Cela dit, payer aussi cher une entreprise qui réalise un chiffre d’affaires d’un milliard de francs peut surprendre.
Le groupe Nestlé estime qu’il a fait une bonne affaire. C’est, en tout cas, le prix à payer pour s’offrir une société active dans l’alimentation qui enregistre une croissance aussi rapide et un niveau de bénéfice aussi satisfaisant.
«En tenant compte des économies d’impôts inhérentes à l’opération, du haut taux de rendement de l’entreprise et de sa progression fulgurante, le prix payé semble juste», confirme François-Xavier Perroud.
Clare Memory, de la banque Barclay, partage ce point de vue. Elle estime que ce prix est un peu trop élevé. Mais au vu de la rentabilité de Chef America, elle le trouve juste.
Analyste à la banque Syz de Genève, Jérôme Schupp ne partage pas cet avis: «Payer quatre fois l’équivalent du montant des ventes annuelles d’une entreprise exige un rendement très élevé. Et, sur ce plan là, on ne sait rien».
Et la concurrence?
Selon Peter Brabeck, président de la direction de Nestlé, l’acquisition de Chef America est hautement stratégique.
Elle complète bien les activités que mène la multinationale aux Etats-Unis dans le secteur des produits surgelés avec Stouffer’s et Lean Cuisine.
Une stratégie qui n’est pas du goût de tout le monde. «Cette nouvelle acquisition illustre bien la politique expansionniste de Nestlé qui renforce son rôle de globalisateur, dénonce Andreas Missbach de la Déclaration de Berne. Une politique qui tue la concurrence et qui nécessite une vigilance accrue des autorités compétentes.»
Nestlé numéro un mondial
Avec ses 100 milliards de francs de chiffre d’affaires annuel, la multinationale veveysanne est un géant. Un ogre dont l’appétit est sans fin.
«Il y a une dizaine d’année, explique Clare Memory, Nestlé était une entreprise statique. Aujourd’hui, elle convoite tous les secteurs rentables de l’alimentation. Et, en particulier, les secteurs émergeants.»
swissinfo
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