L’euro sans problème
La plupart des monnaies européennes ont vécu. Désormais l'euro est seul maître à bord. Il a été bien accueilli, mieux que prévu. Y compris en Suisse.
Certains prédisaient un cataclysme économique, une crise politique, voire des troubles sociaux. Certes, il y a bien eu quelques prix arrondis à la hausse et quelques nostalgies. Mais, dans l’ensemble, le passage à l’euro s’est fait en douceur.
C’est jeudi 28 février à minuit que la monnaie unique devait devenir le seul moyen de paiement reconnu dans la plupart des pays de l’euroland. Adieu donc franc, florin, lire, drachme, peseta ou mark. Désormais, les anciennes monnaies ne sont plus reprises que par les banques centrales. En attendant de disparaître définitivement.
En Suisse, les professionnels du tourisme, de l’hôtellerie et du commerce de détail se sont très rapidement familiarisés avec la nouvelle monnaie unique européenne.
Pour tous ceux qui l’acceptent comme moyen de paiement, l’euro représente évidemment une simplification. Plus besoin en effet de jongler avec les cours des différentes monnaies nationales. Qu’elle soit allemande, italienne, espagnole ou belge, la clientèle paie en euros.
Il existe toutefois des poches de résistance. On peut aisément comprendre que certains chauffeurs de taxis rechignent à accepter l’euro. Mais il est plus surprenant de constater que les guichets de La Poste refusent la monnaie unique.
La France entre fatalisme et enthousiasme
En France, les politiques s’attendaient à de sérieux remous, prélude à un grand sursaut de sentiment national. Certains observateurs prédisaient également des files d’attente interminables devant les guichets des banques et de la poste.
Mais rien de tout cela ne s’est passé. En général, le passage à l’euro s’est fait sans anicroche. Les Français ont plutôt bien adopté la monnaie unique Tantôt avec fatalisme. Parfois avec enthousiasme.
Bien sûr, les vieux automatismes ne disparaîtront pas de sitôt et nombre de personnes continuent à calculer encore en francs, ne serait-ce que pour traquer les fameuses augmentations de prix tant redoutées.
A cet égard toutefois, les derniers chiffres de l’Institut national de la statistique sont plutôt rassurants. En janvier, les prix à la consommation ont augmenté de 0,5%, mais seul 0,1% serait à mettre sur le compte de «l’effet euro». Le 0,4% restant est dû à la hausse des produits frais, rendus rares à cause du gel, et à celles du tabac et des certains services.
L’Allemagne nostalgique
En Allemagne, par contre, la pilule euro a eu plus de mal à passer. Selon un récent sondage, 54% des femmes et 40% des hommes disent regretter le mark. Et 32% des personnes interrogées s’avouent carrément hostiles à l’euro.
Une attitude qui s’explique notamment par les hausses de prix. Si on ne les a pas mesurées en Allemagne comme on l’a fait en France, elles semblent bien réelles. Les sceptiques et les nostalgiques doutent aussi de la force de la monnaie unique et de sa capacité à soutenir la relance de l’économie.
L’Italie sans état d’âme
C’est, apparemment, sans regret que les Italiens ont dit «ciao» à la lire et à ses alignées de zéros, qui rendaient fastidieux le maniement de la calculette. Ici, comme en France, les prévisions les plus pessimistes ont été démenties par les faits.
Par contre, les habitants de la Péninsule semblent avoir de la peine à se réhabituer au maniement des pièces de monnaie, devenues plutôt rares sous le règne de la lire. L’Italie – tout comme la Finlande – envisage d’ailleurs de supprimer les pièces de 1 et 2 centimes d’euro.
L’Autriche conquise, la Grande-Bretagne attentive
Contrairement aux Allemands, les Autrichiens sont conquis par la monnaie unique. Un sondage récent donne une proportion de 93% de convaincus. Et le fait que le graphisme des nouveaux billets soit l’œuvre de l’artiste autrichien Robert Kalina ne suffit sûrement pas à expliquer cela.
Un tel succès ne peut que faire réfléchir les euro-sceptiques. En Grande-Bretagne, l’image rassurante d’un continent passant aussi facilement à la monnaie unique semble avoir calmé les plus virulents de ses détracteurs. La presse populaire a ainsi cessé de tirer à boulets rouges contre l’euro.
Aujourd’hui, 62% des Britanniques estiment que leur pays devra rejoindre l’euroland dans les dix ans et 31% souhaitent même que la chose se fasse immédiatement. Selon le même sondage, en une année, le nombre des partisans de la monnaie unique a carrément doublé.
A tel point que dans l’entourage de Tony Blair, on songe sérieusement au référendum sur l’adoption de l’euro, que les plus enthousiastes aimeraient organiser cette année encore. Mais le chancelier de l’échiquier Gordon Brown n’est pas de ceux-là et il attendra que la monnaie unique ait prouvé sa capacité à assurer croissance et stabilité économiques.
Lundi encore, l’un des plus proches collaborateurs du ministre des Finances rappelait que la décision d’adopter l’euro se ferait sur des bases économiques et non politiques. Wait and see.
swissinfo
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