La BNS contre la hausse du franc
La Banque nationale suisse s'inquiète de l'appréciation du franc face aux autres devises. Elle réagit en diminuant de 0,5 point son taux directeur.
L’exercice d’assouplissement se poursuit. Pour la cinquième fois en un peu plus d’un an, la Banque nationale suisse (BNS) a décidé de réduire son taux directeur.
Il s’agit du Libor à trois mois, le taux le plus important pour les dépôts à court terme en francs suisses. Sa marge de fluctuation est abaissée de 0,5 point. Elle s’établit à 0,75-1,75%.
La BNS réagit au solide renforcement de la monnaie nationale, ces derniers mois, en regard des principales devises.
Ainsi, en un an, de mars 2001 à mars 2002, le franc est passé de 1,5357 à 1,4680 pour un euro. Il a même franchi depuis mardi la barre de 1,46. «Une telle évolution menace la reprise de la conjoncture, qui se réalise plus lentement que prévu», note la BNS.
Danger pour les exportations
Une décision qui satisfait l’organisation Swissmem, qui regroupe l’industrie des machines, des équipements électriques et des métaux. «Nous réclamions depuis plusieurs mois une réduction, rappelle sa porte-parole, Dorothea Tiefenauer. Notre industrie est très dépendante des exportations vers la zone euro.»
Car les exportateurs, qui doivent déjà endurer une conjoncture mondiale difficile, sont les premiers touchés par le phénomène du franc fort, puisque leur production vaut plus cher à l’étranger. «C’est un risque énorme pour une bonne reprise du côté des exportations, même si la demande de l’extérieur recommence à augmenter», explique Délia Nilles.
Et la directrice-adjointe de l’Institut Créa, à l’université de Lausanne, de poursuivre: «il ne faut pas oublier que les exportations ont toujours joué le rôle de moteur de l’économie suisse. Si un franc suisse trop fort les freine, cela affecte aussi toute l’économie interne, à travers la production, les investissements, etc…»
Le malheur d’un refuge
Reste à savoir si la mesure prise par la BNS sera suffisante. La réaction du marché, ce jeudi, permet d’en douter. Le franc s’est bel et bien, dans un premier temps, légèrement affaibli. Mais il finissait l’après-midi aux alentours de 1,4530 pour un euro. Pas bien loin de son niveau de la veille.
Délia Nilles se montre d’ailleurs quelque peu fataliste: dans un contexte d’instabilité internationale, comme aujourd’hui avec la crise proche-orientale, les acteurs du marché ont tendance à se tourner presque automatiquement vers le franc suisse.
«On ne peut pas faire grand chose contre ce phénomène, admet la chercheuse lausannoise. La Banque nationale suisse essaye bien de lutter. Mais tant que le franc suisse gardera ce rôle de valeur refuge, ce sera très difficile d’avoir une influence.»
swissinfo/Pierre Gobet à Zurich
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