La face cachée de la St-Valentin
Un Suisse sur trois offre des fleurs le jour de la fête des amoureux. Mais sait-on qu'elles sont produites en Equateur dans des conditions très difficiles?
L’an dernier, la St-Valentin a rapporté 60 millions de francs au secteur des fleurs, affirme Andreas Lehnherr, directeur de la section suisse de «Fleurop-Interflora». C’est beaucoup plus que la Fête des mères, où le chiffre d’affaires n’était que de 15 millions.
Et les ventes de la St-Valentin devraient encore progresser cette année. Andreas Lehnherr s’attend à une augmentation de 5%, ce qui représentera la coquette somme de 65 millions de francs.
Les fleurs symbolisent l’amour, la tendresse ou encore la beauté. Mais ce que le consommateur moyen ignore, c’est que les fleurs sont aussi causes de passions qui n’ont pas grand-chose à voir avec le romantisme parmi les producteurs, les distributeurs et les commerçants.
Le royaume de fleurs
Une grande partie des fleurs vendues en Suisse provient de l’Equateur. Selon FIAN, une organisation non gouvernementale allemande, la Suisse a acquis en l’an 2000 pour 13,4 millions de francs de fleurs cultivées dans ce pays andin.
Selon la Banque centrale de l’Equateur, les exportations vers la Suisse ont été de 398 275 tonnes de roses, de 1547 tonnes d’œillets et de 238 kilos de chrysanthèmes. Le marché helvétique est l’un des principaux débouchés pour les fleurs équatoriennes. Les autres marchés importants sont ceux des Etats-Unis, des Pays-Bas, de l’Allemagne, de la Russie et du Japon.
L’Equateur s’est lancé dans la culture des fleurs au début des années 80 à la demande de la Banque mondiale. Cette culture est devenue l’une des principales industries équatoriennes. L’an dernier, le pays comptait 420 entreprises productrices de fleurs avec un total de 3450 hectares de terres cultivées. Les roses représentent les deux tiers de cette production.
L’envers du décor
La culture des fleurs s’est fortement développée en Equateur, car le pays bénéfice de conditions climatiques optimales. Mais ce développement s’explique aussi par une main d’œuvre bon marché et peu revendicatrice.
Les conditions de travail sont par ailleurs très difficiles. Les employés de la branche – 70% de femmes – doivent endurer les effets d’un fort rayonnement solaire dans les serres, d’importantes variations thermiques entre les différentes aires de travail et une exposition constante aux produits chimiques.
Des conditions qui ne sont pas sans conséquences pour la santé. L’exposition aux produits chimiques, notamment, provoque des allergies, des conjonctivites, des fausses-couches ou encore des déformations parmi les nouveaux-nés.
De plus, les employés doivent travailler entre huit et quatorze heures par jour en période de forte demande, et cela avec la pression constante de contremaîtres qui veillent à ce que la productivité ne baisse pas.
Recherche de solutions
Les employés ne disposent que de peu de droits. «Les comités de travailleurs et les syndicats ne sont pas permis, souligne Mario Velásquez, membre d’une ONG équatorienne. Seules trois plantations (sur 420) disposent d’un syndicat, ce qui montre qu’il y a une violation flagrante des droits sociaux et économiques des travailleurs.»
Les consommateurs occidentaux pourraient cependant améliorer la situation en exigeant un label de qualité et un label écologique pour les fleurs. De tels labels existent en effet déjà, notamment pour la production de café ou de bananes.
Cependant, tant en Equateur que dans d’autres pays d’Amérique latine, il est difficile d’arriver à un consensus sur les critères à retenir. Il y a par exemple des cas où la protection de l’environnement est privilégiée, mais aux dépens d’une amélioration des conditions de travail.
Du coup, tant que ces problèmes ne seront pas réglés, les roses de la St-Valentin garderont toutes leurs épines.
Marina Gartzia
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